<i>Quelques spoilers.</i>
Passée une ouverture formellement forte, <i>Mirch Masala</I> met à certain temps à convaincre : l’indéniable talent visuel, comme cet étonnant décor (une sorte de désert, le récit se jouant comme aux échecs en une série d’allers-retours entre le village et le campement du précepteur), ne suffisent pas à contrebalancer l’impression d’un film très démonstratif, voire kitsch, dans son didactisme politique et ses recherches esthétiques. Cependant, une fois que le film prend la forme d’une citadelle assiégée, et qu’il adopte les codes du western qui vont avec, il retombe totalement sur ses pattes. En refusant de sortir de la baraque aux épices, en hurlant son non-consentement, l’héroïne transforme un viol qui se serait voulu invisible (la femme sans pouvoir qu’on s’offre incognito aux abords du camp, sous le consentement muet d’une communauté faisant semblant de regarder ailleurs) en une affaire sommée de s’expliciter. Le bâtiment aux femmes devient alors un corps symbolique à part entière, dont personne ne veut prendre la responsabilité de défoncer la porte, ou de “verser le sang” comme on le menace plusieurs fois : par son obstination, le bâtiment oblige le viol à hurler ce qu’il est, le village d’homme à acter de sa complicité, et le geste (pénétrer un bâtiment qui s’y refuse) d’exploser à la vue de tous, en plein jour, dans toute sa violence. L’inspiration formelle du film perd alors tout ce qu’elle avait de coquette pour relier les points avec force et colère, jusqu’à un final puissant dont on pardonnera aisément les quelques notes de mauvais goût, tant il est convaincant.
<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.cinexploria.fr/mirch-masala-ketan-mehta-1987/">Extrait.</a>
(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.underthedeepdeepsea.com/">source</a>)