MirrorMask par Voracinéphile
Bon, le pitch est gentiment intriguant. Mais le film est inhumain, intégralement. Si quelques secondes du film font vaguement illusion (un regard de la mère sur son lit d’hôpital, un regard de tristesse d’Helena pendant que son père gâche un moment important au téléphone…), l’intégralité des sentiments des acteurs échoue à émouvoir, et donc à faire pénétrer le spectateur dans l’univers dévoilé. Les enjeux sont d’une telle insipidité, les personnages sont tellement clichés et les situations tellement convenues que Mirrormask en devient un supplice de patience. Et ce mal n’est pas nouveau, c’est le parfait exemple du trip foiré, tellement léger et mal pensé qu’il en rate absolument tout, de son esthétique à ses thématiques. Rien n’est authentique, tout sent le toc, comme si la légèreté de l’ensemble était sensée être divertissante. On passe au visuel, qui se révèle être un choc… dans le mauvais sens du terme. L’univers de mirrormask est incroyablement laid, dans son intégralité. Même Kaena, essai assez moyen de notre hexagone, le surpasse. Il y a toutefois une explication à cela : l’ensemble du budget est de 4 millions de dollars. Réussir à créer un monde fantastique pour 4 millions, faut pas s’étonner de voir des animations aussi laides et des séquences aussi gênantes devant les fonds verts. Malgré quelques décors léchés, les personnages numériques sont très laids (les singes-oiseaux…) et on n’est finalement pas très étonné du manque d’inspiration (une bibliothèque où les livres volent, waow ! Une méchante reine noire et une gentille reine blanche, merde !) de l’ensemble. Malgré l’alibi de son maigre budget, rien n’excuse la platitude de Mirrormask, jusque dans sa structure, qui s’apparente au Silent Hill tout public du pauvre. Même si Silent Hill était peu efficace en termes d’implications émotionnelle, la beauté de ses décors et de ses ambiances torturées le rendait fascinant. Avec Mirrormask, en plus d’une quête dont on se fout, on cherche donc les indices qui mènent au masque, en traversant un tas de lieux un peu sombres mais pas trop, des trucs urbains un peu rouillés, mais pas trop glauques pour ne pas effrayer les plus jeunes. Il ne ressort rien de ces ambiances, qui ne prennent tout simplement pas. On ajoute à cela un jeu d’acteur relativement peu impliqué, des visions à la limite du non sens (l’héroïne, corrompue par la reine noire, se transforme en gothique lolita avec des lentilles) et un rythme si mou (les fans du deus ex machina de Hunger games aimeront, il y en a tout le temps ici) qu’entre le sommeil et la lassitude, le sort de Mirrormask est définitivement scellé. Dave McKean a bradé son rêve pour 4 millions, ne parvenant à en tirer qu’une fresque moche et sans âme, qui ne s’attire notre indulgence que pour ses ambitions gargantuesques et le résultat obtenu par rapport au budget (l’équipe technique a indéniablement tenté de sauver le projet). Un gros gâchis…