Tout, dans le cinéma d’Alain Guiraudie, est affaire de climat que définissent des corps engagés dans le parcours d’un décor singulier que présente, ici en guise de générique, la caméra embarquée dans le véhicule de Jérémie. Les différents lieux constituent autant de microcosmes régis par le rituel : cueillir des champignons en forêts, revenir chaque nuit dans sa chambre d’enfant un peu après quatre heures du matin, prendre l’apéritif réunis autour d’une table. Se dessine une carte du désir marqué par l’attirance des contraires et par l’échec de toute entreprise d’unification ; c’est le déséquilibre et la division qui priment, avec comme ponts bâtis des tentatives interdites qui suspendent, un temps, la morale.
Miséricorde surprend ainsi non par son immoralité – lieu commun du cinéma d’Alain Guiraudie – mais par sa liberté tonale : au schéma de culpabilisation et de rédemption promis par le titre se substitue un louvoiement burlesque qui produit, outre une dynamisation du récit, un effet d’authenticité. Se trouvent là devant nous des êtres humains paumés s’efforçant, par divers moyens, de vivre avec leur frustration et d’« apprendre à aimer sans retour », adage chrétien que le long métrage détourne intelligemment. La violences des rapports entre les personnages exprime un désir d’amour inavouable et tortueux. « Faut juste aimer ça », réplique Vincent alors qu’il ne cesse de frapper Jérémie. Une belle et insolente réussite rappelant, dans un genre similaire, Tom à la ferme (Xavier Dolan, 2013).