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le 14 févr. 2025
SuivreGare aux morrriiiilllles
Je n'ai jamais été déçu par Alain Guiraudie et ce n'est pas par ce Miséricorde que je vais commencer. C'était sans doute le film que j'attendais le plus en 2024 (avec l'Empire) et qui a pris son...
Pour son dernier film en date, Guiraudie décide de retourner dans l’Aveyron en allant filmer un petit village fictionnellement appelé Saint-Martial et c’est comme bien souvent pour ma plus grande joie
Il y a dans ce film à peu près tout ce que j’aime chez lui, mais je commencerai par dire à quel point il est beau. J’adore la séquence d’ouverture du film, on a l’impression d’y être, on remarque toute la beauté de ce village dans un silence pas permis, de son paysage l’entourant, c’est quelque chose qu’il a souvent pris le temps de faire dans ses films, on se souviendra par exemple de ces séquences dans Du soleil pour les gueux traînant toujours de quelques secondes, juste par plaisir de nous partager l’austérité des endroits dans lesquels il est allé, de nous montrer la nature comme rarement présentée
Le personnage principal arrive donc dans ce lieu qu’il a connu plus jeune, et tout de suite des ambiguïtés s’y passent. Il y a dans ce film des envies et des tensions constamment fluctuantes qui le traversent tout le long, et ce qui est génial c’est qu’on ne sait jamais ce que ça donnera ni où ça terminera, c’est complètement imprévisible. Prenons la relation entre Jérémie et la mère chez qui il dort, dès le début des regards entre eux s’échangent, on se dit qu’on a vite compris qu’ils étaient mutuellement intéressés et que Vincent a raison de s’emporter
Sauf que non, le film avance et d’autres envies le prennent, d’autres regards s’échangent, des regards discrets servant à tâtonner, exactement comme dans Ce vieux rêve qui bouge où déjà Guiraudie montrait brillamment la réalité des relations entre hommes dans un endroit comme celui d’une usine, où quasiment tout est question de non-dits, de gestes et de petits mots çà et là laissant des indices
Tout porte à croire qu’on pourrait avoir affaire à un film limite rohmérien dans lequel les plus grosses angoisses que rencontreraient les personnages seraient des problèmes de cœur, mais là encore le film reste imprévisible en prenant ce tournant scénaristique qui n’est pas sans rappeler L'Inconnu du lac, puisque Jérémie finit par tuer Vincent
Le curé qui n’avait pas l’air si important jusque-là devient d’un seul coup un des personnages les plus intéressants à suivre puisqu’il fait le choix de ne rien dire alors qu’il a tout vu, et là le titre du film prend tout son sens. Dans une interview de Guiraudie à ce sujet, il explique à quel point il a toujours préféré la notion de miséricorde à celle de pitié, y voyant toujours quelque chose comme du mépris et j’avoue être plutôt d’accord avec ce sentiment
Ce qui m’amène à parler de la scène dans le confessionnal qui est sans doute ma préférée. Ici les rôles s’inversent, c’est le curé qui vient confesser et Jérémie écouter. D’abord l’intimité dans laquelle on se retrouve dans cette scène est certainement ce qu’il y a de plus beau à regarder, on voit nos deux personnages sous leurs aspects les moins reluisants, les plus fragiles. On sent tout l’amour que le curé porte. Guiraudie en profite pour traiter de problèmes très contemporains comme celui de l’emprisonnement : est-ce que dénoncer Jérémie changera vraiment quelque chose ? Est-ce que l’envoyer en prison ramènera la victime ? Est-ce que Jérémie est un assassin en puissance ? On voit ici toute la sensibilité que le curé a pour le malheur de Jérémie, ce qui montre magnifiquement toute la miséricorde qu’il lui porte
Le film ne cherchera jamais à explicitement condamner l’un ou l’autre, ce qui est évidemment jouissif, tout est laissé à l’appréciation du spectateur, on dresse le portrait le plus complet des personnages et on s’arrête là
L’humour est comme souvent chez Guiraudie très présent, j’adore cette tendance qu’il a d’inverser le ton des personnages en comparaison avec le sujet qui est discuté, les policiers se mettent par exemple à parler le plus sérieusement du monde du trou dans le CV que Jérémie risque d’avoir s’il ne trouve pas de travail alors qu’ils discutaient 1 minute plus tôt de leur enquête avec beaucoup plus de légèreté
Le curé conclura sa confession par cette réplique que je ne peux pas m’empêcher de citer et par laquelle je terminerai ma critique
Je me ferai discret, j’ai appris à aimer sans retour, je pourrais l’aimer sans un bruit, pour l’éternité
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Créée
le 19 févr. 2026
Critique lue 18 fois
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