Miss Mars
4.1
Miss Mars

Film de Zach Cregger et Trevor Moore (2009)

« You don't have a dick ? » TUCKER CLEIGH

The Whitest Kids U’Know est une troupe de comédien américain qui s’est fait connaître pour son humour absurde, irrévérencieux et souvent provocateur, traitant sans détour de thèmes comme la politique, la religion, la culture pop et les tabous sociaux. Formée initialement dans un cadre universitaire à la School of Visual Arts à New York, la troupe s’est rapidement démarquée grâce à ses sketchs diffusés sur Internet, ce qui leur a permis d’attirer l’attention d’un public jeune et friand d’humour alternatif.

Suite à leur succès sur le web, la troupe The Whitest Kids U’Know décroche sa propre émission télévisée, qui porte le nom : The Whitest Kids U’Know (logique). Diffusée initialement sur Fuse TV, puis sur IFC, la série est écrite, interprétée et réalisée par les membres eux-mêmes. Chaque épisode est un enchaînement de sketchs filmés, souvent sans fil conducteur, où l’on retrouve leur style audacieux et politiquement incorrect. Le format leur permet une grande liberté créative, et leur humour, souvent surréaliste et volontairement choquant, crée un fort engouement auprès du public.

Zach Cregger et Trevor Moore, membres de The Whitest Kids U’Know, se font repérés par le producteur Tom Jacobson. Séduit par leur ton décalé et leur talent d’écriture, Jacobson voit en eux un potentiel cinématographique et leur propose de collaborer sur un projet de long-métrage. Grâce à son influence au sein de la 20th Century FOX, il leur offre une opportunité rare à Hollywood : une liberté quasi totale pour réécrire un scénario existant selon leur style, tout en leur confiant les rôles principaux ainsi que la réalisation du film. C’est une chance unique pour les deux comédiens, qui passent ainsi de la télévision à une production de studio.

Profitant de cette liberté artistique, Zach Cregger et Trevor Moore conçoivent un scénario résolument ancré dans la culture américaine. Ils imaginent un road movie, dans laquelle deux amis partent en voyage à travers les États-Unis dans le but d’atteindre le mythique manoir Playboy. Ce voyage devient le prétexte à une série de situations absurdes, de rencontres improbables et de gags irrévérencieux, fidèle à l’humour de la troupe The Whitest Kids U’Know.

En 2009, Miss March sort dans les salles américaines porté par Zach Cregger et Trevor Moore à la fois devant et derrière la caméra.

Le film repose sur une structure classique de road trip, utilisée ici comme un fil rouge permettant d’enchaîner une série de sketchs plus ou moins indépendants. Chaque étape du voyage donne lieu à un nouveau gag, souvent basé sur un humour volontairement bas du front, très axé sur le sexe, les fluides corporels, et les situations grotesques. On est clairement dans le registre du pipi / caca, avec une recherche assumée du rire facile. Et pourtant, malgré la grossièreté et l’outrance, certains moments fonctionnent encore aujourd’hui, surtout si on accepte de se replacer dans l’état d’esprit de l’adolescent que ce film visait. Des séquences comme les coups de fourchette, la fille qui tombe du bus ou les interventions improbables du personnage de Horsedick réussissent à provoquer un rire franc, parce qu’elles oscillent entre l’absurde pur et la provocation potache.

Zach Cregger et Trevor Moore incarnent ici deux personnages parfaitement complémentaires : le straight man un peu paumé face à l’exubérance incontrôlable de son ami. Et cette alchimie fonctionne à merveille. Il faut bien le reconnaître : Trevor Moore, avec son visage toujours à la limite de l’expression absurde et son sens inné du timing comique, porte une bonne partie du film. Il dégage une énergie à la fois débile et attachante, presque cartoonesque. Pour peu qu’on ait soi-même été ce genre de gogole un peu trop enthousiaste, maladroit mais sincère, difficile de ne pas se retrouver en lui. C’est cette authenticité naïve et incontrôlable qui le rend hilarant, il est l’incarnation vivante du chaos comique.

Autour du duo principal, le casting secondaire vient étoffer l’univers délirant du film. Parmi eux, Craig Robinson s’impose naturellement avec son personnage déjanté de Horsedick, un rappeur outrancier, caricatural et totalement improbable. C’est un rôle sur mesure pour Robinson, qui excelle à injecter une dose de folie contrôlée dans chacune de ses apparitions. Mais au-delà de lui, les seconds rôles, pour la plupart interprétés par des visages peu connus du grand public, se montrent tous à la hauteur. Que ce soit dans de petites scènes absurdes ou dans des moments plus soutenus, ils parviennent à maintenir l’élan comique du film et à nourrir son ambiance volontairement chaotique. Il en ressort une impression de troupe soudée, dans laquelle chacun est au service de l’humour, même le plus basique.

Malheureusement, après un début rythmé et un enchaînement de sketchs plus ou moins réussis, le film perd de sa verve dans son dernier acte. Une fois les personnages arrivés au manoir Playboy, le ton change subtilement : l’humour devient plus sage, moins irrévérencieux, et l’on sent que l’objectif devient promotionnel. Le rythme ralentit, les gags deviennent plus convenus, comme si le film s’auto-censurait au moment même où il aurait dû monter en puissance pour clore sur un feu d’artifice comique. Cette dernière partie, qui devait être l’apogée du road trip, finit par ressembler davantage à une vitrine publicitaire polie qu’à une explosion finale d’absurde et d’irrévérence.

Hugh Hefner en personne à l’écran ne laisse guère de doute sur l’intention derrière le film. Le fondateur de Playboy apparaît dans son propre rôle, dans un segment qui sonne comme une opération marketing habilement déguisée. Son intervention n’est pas anodine : elle valide le film en tant que vitrine officielle du mythe Playboy, avec tout ce que cela implique de clichés sur la liberté sexuelle, le glamour et la fête masculine fantasmée. Le manoir, les playmates, l’ambiance... Tout y est, mis en scène comme un objet de consommation culturelle. À ce stade, le film bascule du statut de comédie irrévérencieuse à celui de pub géante à peine déguisée.

Miss March est une comédie inégale, volontairement provocante, qui s’adresse à un public bien ciblé : adolescent ou jeune adulte, friand d’humour cru et absurde. Si le film peine à garder son ton jusqu’au bout et se compromet dans une fin trop commerciale, il n’en reste pas moins une œuvre sincère dans sa volonté de faire rire sans filtre. Il témoigne d’une époque, d’un ton, et surtout de l’univers comique unique de Zach Cregger et Trevor Moore. À défaut d’être un grand film, Miss March reste un objet comique culte pour ceux qui en étaient (ou en sont encore) le cœur de cible.

StevenBen
7
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le 2 août 2025

Critique lue 15 fois

Steven Benard

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