Ridiculement impossible, miraculeusement vraisemblable

Quel amusant parcours que cette franchise mine de rien. Crée au milieu des années 60, Mission Impossible était une de ces séries qui embrassait la mode alors vivace du film d'espionnage et qui le faisait avec succès, suffisamment pour durer 6 ans jusqu'en 1973. Mais ensuite, silence radio, MI tombe dans l'oubli. S'ensuivront deux saisons de plus à la fin des années 80, première tentative de revival prenant place 15 ans après les évènements de la série originale. Un prémisse qui sonne désormais bien familier depuis la mouture 90's proposée par De Palma ; un second revival, cette fois-ci sur grand écran, et qui doit tout (et donc la pérennité de la franchise depuis lors) à une seule personne : Tom Cruise.


Fan de la série, jeune acteur au sommet ayant déjà le bras long et nourrissant alors de grandes ambitions pour son studio naissant, Tom Cruise porte le projet aux oreilles de la Paramount qui accepte et lui accorde un honorable budget de 70M$. Ce n'est qu'au détour d'une rencontre avec De Palma lors d'un dîner avec Steven Spielberg et après avoir vu l'ensemble de sa filmo que Cruise décide le choisir pour réaliser son projet.


Lors de sa sortie le film récolte des avis mesurés, saluant ses scènes d'action et son casting mais critiquant le plot consensuel et un manque de personnalité à l'ensemble. Surtout : il cartonne au box-office en cumulant 457M$ dans le monde dont 180M$ aux States. Aussi : il catapulte sans le savoir la franchise au cinéma qui, presque 30 ans plus tard, n'a jamais été aussi populaire et plébiscitée de son existence.


Il faut dire que 27 ans et 6 opus plus tard, beaucoup de monde a eu le temps de se rendre compte de ce que ce premier opus avait su lancer et rétrospectivement d'apprécier une recette qui, si elle n'avait fondamentalement pas bougé d'un iota comparée à celle de la série originale, avait su profiter d'une modernisation de surface qui s'était avérée diablement efficace, encouragée par une tête d'affiche investie à tous les niveaux. Un état d'esprit qui sera conservé pour chacune de ses suites et qui explique en partie la stabilité de la franchise.


Mais alors ce film, il raconte quoi ? Pour les possibles retardataires : Jim Phelps (déjà protagoniste de la série d'antan) est un vétéran à la tête d'une équipe d'espions travaillant pour l'Impossible Mission Force, une agence d'espionnage américaine. Lorsqu'une mission tourne mal, lui et nombreux de son équipe périssent. Ethan Hunt, un jeune agent, se retrouve quasi-seul et finit désavoué, poursuivi par sa propre agence. Afin d'innocenter son nom et retrouver le vrai coupable, Hunt n'aura d'autres choix que de se cacher et se constituer sa propre équipe.


Après ce nouveau visionnage (je l'avais redécouvert pendant le covid), mon avis ne change pas : en dehors de Cruise, le reste du cast peine à véritablement exister même si tout le monde s'en sort bien. Côté plot, c'est effectivement classique mais efficace (une mission tourne mal pour démarrer l'intrigue, suivi du cambriolage d'un objet qui cristallise les enjeux de l'intrigue avec un plan initialement bien rodé mais qui sera confronté , le tout avec des plans initialement bien rodés mais qui devront surpasser des couacs inattendus), et j'apprécie le lien de parenté direct avec la série des 60's.

Faut bien l'admettre, le film brille grâce à sa pièce maitresse : le fameux cambriolage. Montage, gestion du rythme, des cascades, la performance de chacun des membre du cast impliqué dans la scène avec Tom Cruise qui survole (eh) ses camarades, l'absence de musique... Encore aujourd'hui, malgré l'issue qu'on connaît par cœur, cette scène prend encore les tripes. J'ai une fois encore agrippé mon fauteuil, hypnotisé par ce ballet dansant plein de brio et de tension. Les quelques du twists du film sont en revanche bien convenus, peu aidés par un scénario qui ne fait pas beaucoup d'efforts pour les développer et les amener.

À rapidement mentionner également : le final, très inégal à cause de la "grosse scène d'action de conclusion" qui n'a pas encore trouvé le bon équilibre entre le miraculeusement vraisemblable et le ridiculement impossible, contrairement à la scène de cambriolage et aux futures scènes du même type dans la saga.

Si le personnage d'Ethan Hunt n'a pas droit à un background bien fourni, on s'attache rapidement à lui grâce à l'énergie de Cruise, parfois sa malice et surtout les multiples talents qui lui permettent de se dépatouiller de toutes les situations sans que cela paraisse totalement gratuit ou injustifié..

À défaut d'être bien complexe, Hunt est définitivement un perso charismatique qui drive le film tambour battant du début à la fin qui méritait alors d'être revu dans une suite, et vu le parcours de la saga depuis, aucun regret !


En somme : un bon point de départ. Non sans défauts, mais suffisamment divertissant et dont on devine sans peine l'amour pour la série initiale et un genre dont les codes sont aussi faciles à subjuguer qu'à rendre rébarbatifs. Même dans ses tentatives les plus maladroites, la franchise parviendra pourtant à rester dans la 1ère catégorie. Et même si son nom apparaît trop souvent, force est d'admettre que cette saga serait rien sans son pilier : Tom Cruise/Ethan Hunt. Prochaine étape : Too-Much Town

Chernobill
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le 18 juin 2023

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Chernobill

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