"Moi qui t'aimais" : biopic sur la base de la dernière décennie de la vie de Simone Signoret. Ce n'est pas une hagiographie du couple d'artistes et de personnes engagées que furent Signoret et Montant ; les deux personnages sont présentés dans toutes leurs dimensions, avec leur part d'ombre, voire de noirceur. Le couple vie bourgeoisement et s'accommode à sa façon avec ses idées de gauche. Une idée lumineuse de la réalisatrice Diane Kurys qui joue la carte de l'évocation sensible plutôt que celle de l'imitation artificielle : le générique s'ouvre sur l'arrivée dans la salle de maquillage des deux acteurs principaux, Marina Foïs qui incarne Signoret et de Roschdy Zem qui endosse le rôle de Montand, puis on glisse doucement vers le film. Les deux acteurs jouent finement sans forcer le trait ; leur incarnation passe par les intonations de la voix et les mimiques. Mention pour une scène tout d'abord bouleversante, puis irritante et c'est fort dommage : lors d'un anniversaire surprise de Signoret organisé par sa fille, Roschdy-Montand récite en voix parlée les premiers vers de la chanson "Les feuilles mortes", c'est beau et donne le frisson, puis il entonne la chanson, et là le décalage avec Montand-chanteur est trop grand et cela sonne faux. Signoret est une femme vieillissante que le cinéma délaisse, elle peut être drôle mais est surtout malheureuse en amour en épouse trompée ; elle sombre dans l'alcool. Montand est autocentré, hâbleur et jouisseur, il délaisse Signoret tout en étant présent à ses côtés lorsqu'il le souhaite. D'une certaine façon c'est l'histoire d'une dépendance affective avec sa dimension pathétique. Excellent cinéma !