Avec Mon grand frère et moi, Ryôta Nakano signe un retour flamboyant, fidèle à ce qu’il fait de mieux : du cinéma profondément humain, généreux, drôle et bouleversant. Après avoir émus aux larmes des centaines de milliers de spectateurs avec La Famille Asada (2023), il poursuit son exploration des liens familiaux avec cette touche unique, à la fois burlesque et un peu fleur bleue. Dans la veine de Departures (2009) de Yôjirô Takita, la mort n’est jamais traitée comme un poids, mais comme un passage : un espace d’émotion, de rituels et de gestes simples, où l’humour surgit souvent là où on ne l’attend pas. Mon grand frère et moi s’impose ainsi comme une véritable comédie sur le deuil, traversée d’une légèreté toute japonaise, entre pudeur et fous rires. On se tord aux éclats, les larmes aux yeux, parce que le rire reste sans doute la plus belle manière de continuer à vivre.
De quoi blâme-t-on vraiment sa famille ? Dans nos rancunes les plus tenaces, ce qu’on reproche à l’autre n’est pas toujours ce qu’il est, mais ce qu’il nous renvoie de nous-mêmes. Pour Riko, pourtant, pas de doute possible : son frère aîné, elle l’a rayé de sa vie depuis belle lurette. Un boulet, et pas qu’un peu : un vrai de vrai ! Égoïste, fauché, parasite professionnel, toujours à profiter de la gentillesse des autres et incapable d’être là quand il le faut, même pour dire adieu à leur mère. Le voilà qui semble enfin trouver un semblant d’équilibre – mariage, paternité, un nouveau boulot ? Le lendemain, il ne manquera pas de tout saborder avec application ! Fidèle à lui-même, il est parti comme il a vécu : brutalement, laissant derrière lui un chaos monumental. Riko, déjà tiraillée entre sa vie de famille et son métier d’écrivaine, n’avait clairement pas besoin de ça ! La voilà contrainte de retourner dans sa ville natale pour vider son appartement – un capharnaüm à en faire pâlir une décharge – et régler les innombrables galères qu’il laisse en héritage. Sur place, elle retrouve Kanako (l’ex-femme du frangin). Ensemble, elles n’ont pas le choix : il faut bien parler de lui… Plus les souvenirs remontent, plus Riko doute. Et si elle n’avait pas vu toutes les facettes de son grand frère ? C’est alors qu’il réapparaît (oui, littéralement !) hilare, détendu, comme si sa mort n’était qu’un détail. Dans ce face-à-face improbable, il lui offre ce qu’elle attendait depuis toujours : un soutien. De quoi recoller les morceaux, apaiser les blessures…
Porté par un formidable duo d’actrices, Riko et Kanako incarnent à merveille l’ambivalence du chagrin et de l’amour. On retrouve dans la mise en scène l’héritage de Yôji Yamada (ses fameuses chroniques familiales) ou de Kore-eda, dans cette manière de filmer la filiation avec une délicatesse salvatrice, où les silences et les maladresses comptent autant que les mots. Derrière ses situations cocasses et ses fantômes bienveillants, Mon grand frère et moi célèbre la réconciliation – non seulement avec les morts, mais aussi avec tout ce qu’on pensait avoir perdu en chemin. Pas question d’effacer les négligences ou les distances qui nous séparent : le film nous rappelle simplement qu’aucune faute ne définit une personne tout entière. Et si Riko en veut tant à son frère, c’est peut-être moins pour sa désinvolture que pour la liberté qu’il incarne – une liberté qu’elle ne s’est jamais autorisée… De ce grand frère, elle finira par dire : « C’est un refuge, pas un fardeau ». Il n’en fallait pas plus pour lui redonner le goût du lien et des petites joies de la vie. Un feel good movie pour renouer avec l’essentiel… avant de casser sa pipe !