Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en entrant dans la salle, n’ayant rien lu sur le film, mais je dois dire que j’ai été agréablement surpris. Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano est le genre de film simple en apparence, sans énorme prétention ni grands effets tape-à-l’œil, mais qui fonctionne grâce à quelque chose de plus important : la sincérité.
Comme on peut s’y attendre, le film se concentre énormément sur les liens familiaux, le rapport à la maternité, au pardon et à l’impact que chacun des membres d’une famille peut avoir sur les autres même après sa mort. L’histoire suit essentiellement une romancière à succès, Riko , qui apprend le décès de son grand frère, événement qui la replonge brutalement dans toute son histoire familiale. Et c’est clairement là que le film trouve sa plus grande force.
On croit totalement à cette relation compliquée faite d’amour, de ressentiment, de culpabilité et de non-dits. La sœur méprisait en partie son frère qui lui demandait constamment de l’argent, mentait énormément et semblait incapable de réellement stabiliser sa vie. Elle lui reprochait aussi profondément d’avoir laissé leur mère mourir seule alors qu’elle était atteinte d’un cancer en phase terminale, continuant malgré tout à profiter de sa gentillesse presque maladive envers lui, lui le fils préféré.
Mais justement, le film évite constamment le manichéisme. Plus elle découvre la vie cachée de son frère après sa mort, plus son regard change. Elle réalise qu’il ne mentait pas toujours, qu’il avait lui aussi ses blessures, ses failles, ses échecs silencieux et même des qualités qu’elle ignorait complètement. Le fait qu’il ait été diplômé, qu’il ait essayé à sa manière de s’en sortir malgré son chaos personnel, finit par profondément la troubler. Et surtout, elle commence à culpabiliser de ne pas avoir répondu à certaines de ses demandes, comprenant peu à peu que si les rôles avaient été inversés, lui l’aurait probablement aidée sans hésiter.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que le film prend vraiment le temps de laisser vivre ses personnages. Il y a énormément de scènes très simples, presque banales parfois, mais qui donnent justement cette impression de vérité. On sent les blessures, les différences de personnalité, les regrets, les choix de vie opposés mais aussi cet attachement familial impossible à effacer malgré tout.
Le film devient alors presque une reconstruction collective après la disparition du frère. La sœur, qui était de base quelqu’un d’assez froide émotionnellement, finit peu à peu par s’ouvrir davantage aux autres. Elle se rapproche notamment de son neveu, garçon assez mutique, qui a en plus découvert le corps de son père sans vie, élevé dans un environnement quasi insalubre rappelant parfois un syndrome de Diogène, tandis que son ex belle-sœur tente tant bien que mal d’assumer son rôle de mère en culpabilisant constamment de ne pas être à la hauteur.
Toute cette partie fonctionne extrêmement bien car elle montre comment chacun essaye maladroitement de survivre émotionnellement après la disparition d’un proche. Le fils, bien que peu présent dans le récit, redécouvre à la fin peu à peu une forme de stabilité qui lui manquait, la mère reprend confiance en elle, et la sœur elle-même finit par devenir plus humaine, plus apaisée, au point de transformer toute cette douleur en quelque chose de plus constructif en pondant un livre introspectif.
Le casting aide énormément. Kô Shibasaki porte très bien le film avec beaucoup de retenue et de sensibilité, tandis que Joe Odagiri apporte énormément d’humanité à ce frère constamment coincé entre affection sincère et irresponsabilité chronique. Même les seconds rôles sonnent justes tels que Hikari Mitsushima et Aoyama Himeno, ce qui rend les échanges crédibles du début à la fin.
Visuellement, ce n’est pas un film qui cherche à impressionner, mais il est bien filmé, avec une mise en scène discrète qui accompagne correctement l’histoire sans jamais voler la vedette aux personnages. Et il y a aussi ce petit côté feel good movie japonais très doux qui permet au passage de découvrir un peu le quotidien nippon sans folklore forcé.
Le rythme est également bien géré. Le film alterne correctement les flashbacks, les moments de développement narratifs, ceux plus légers, parfois drôles, avec des passages plus émotionnels sans devenir plombant ou misérabiliste.
Et puis surtout, il y a ce charme du cinéma japonais du quotidien quand il est bien fait. Celui qui parle de choses très simples mais universelles : la famille, le pardon, les regrets, le besoin d’être compris, la difficulté d’exprimer ses sentiments ou encore le fait qu’on ne connaît parfois jamais totalement les gens qu’on aime.
Ce n’est peut-être pas le film le plus ambitieux ou spectaculaire de l’année, mais c’est typiquement le genre d’œuvre qui laisse une sensation très agréable en sortant de la salle. Un film chaleureux, sincère et profondément humain qui rappelle que parfois, raconter simplement des relations humaines suffit largement à faire un beau moment de cinéma.
Une très belle surprise, pleine de cœur et de douceur.
A découvrir!