Mon Légionnaire investit la guerre par le prisme de la souffrance morale, en ciblant la douleur que ressentent les membres d’un couple séparés par les missions à l’étranger, autant d’épreuves à endurer une fois les affrontements interrompus – en rentrant au camp ou en regagnant leur domicile. Il présente l’intérêt d’interroger la notion de « chez soi », réalité qui mute en abstraction vaporeuse à mesure que les soldats construisent une famille d’armes réunissant sous un même combat et des valeurs communes diverses nationalités et histoires singulières.
La réalisatrice essaie de montrer l’amour comme une énergie magique capable de revigorer les militaires et de les garder en vie, capable de rassurer les civils et de consoler les attentes ; pour autant, son long métrage demeure trop clinique et arrimé au factuel pour incarner à l’écran l’abstraction ainsi faite thème, son souci d’authenticité évacue la tonalité dramatique pour lui préférer la rugosité d’images qui n’ouvrent jamais la voie à la rêverie. Comment partager le désarroi intérieur de ces hommes et de ces femmes si nous ne ressentons pas en nous les épreuves qu’ils doivent subir ? L’alternance de deux focalisations – celle des femmes et celle des hommes –, le choix d’une caméra à l’épaule utilisée sans maîtrise véritable, la verbalisation excessive des enjeux, l’aspect cliché de certains passages obligés rendent le film caduque, tiraillé entre une volonté de s’ancrer dans le réel brut et une idée principale qui exigeait l’imaginaire.