La psychologie sur pellicule
La théorie portée par le film, j'en avais déjà entendu parler. Lors de cours, lors de formations, lors de lectures.
Dans une interview, Alain Resnais déclare qu'il n'a pas tant voulu illustrer le propos tenu par Henri Laborit qu'associer texte et image ; ce serait en effet au spectateur de tisser les liens entre ce qui est dit et ce qui est montré (apparemment Henri Laborit ne connaissait même pas l'histoire ni les personnages). Je ne sais quel crédit accorder à une telle déclaration. Il me paraît évident que Resnais a écrit le ivre avec la théorie de Henri Laborit en tête, les liens paraissent évident ; s'il avait mis une recette de cuisine en voix off à la place, le résultat aurait été plus décalé alors qu'ici on sent bien l'influence de la théorie sur le film. D'ailleurs Resnais monte son film en fonction de ce qui est dit. Mais bon, ce chichi autour d'une vieille interview n'a pas vraiment de sens.
Ce qui est sûr, c'est que le scénario est assez bien construit. Surtout que malgré le point de départ théorique, Resnais conserve des personnages de fiction, c'est-à-dire des personnages simplifiés. En même temps, la théorie impose une certaine épuration dans cette construction narrative. En fait, il se sert vraiment de ce discours pour façonner des personnages, et étudier leur comportement ; ça fonctionne, et que le rythme est assez haletant. Paradoxalement à cette frénésie dans le changement de scènes, il y a ces voix off très monotones, très denses, qui apportent humour et précision. L'humour est très présent dans ce film, et c'est tant mieux, ça permet de mieux faire passer la pillule. Bien sûr, il s'agit d'un humour discret, fin. La mise en scène est efficace. Quelques plans très beaux, notamment avec un jeu de lumières. Le montage en parallèle tout du long fonctionne. Les acteurs sont très bons. Depardieu reste le plus marquant.
Je ne suis pas un fan des films du genre choral. Le fait d'avoir trois personnages principaux qui vont vivre la même chose, les mêmes contrariétés, donne un aspect universel similaire à ce genre de film que je n'apprécie guère. Trois, ce n'est pas beaucoup, mais c'est encore un peu trop pour moi. Mon personnage préféré, c'est celui de Depardieu. Je trouve son personnage plus développé que les autres, surtout qu'il semble jouir d'une vraie conclusion alors que pour les autres personnages on reste dans le flou.
Enfin, l'on pourra saluer l'aspect expérimental, mêlant interviews et fiction, le tout porté par des voix off omniprésentes. Toutes ces digressions pour expiquer la théorie donnent au film un rythme agréable.
Bref, "Mon oncle d'Amérique" est une sorte d'étude de personnages d'après un discours théorique. Le film se veut très conceptuel mais n'ennuie jamais tant le propos est simple et semble s'inscrire logiquement dans le processus cinématographique. C'est donc un plaisir de découvrir un film aussi audacieux aujourd'hui.