MOOLADE est le dernier film du réalisateur Ousmane Sembène, qui avait déjà signé dans La Noire De... et Faat Kine des personnages féminins forts, spoilés mais indépendantes. Il signe dans ce dernier long métrage probablement son cri du cygne le plus puissant.
MOOLADE aborde un thème très lourd : celui de l'excision. Collé, qui a refusé de se plier à cette tradition barbare à cause de la mort infantile de ses deux premiers nés, protège quatre enfants qui se sont enfuies du "rituel de purification". Cette résistance révèle tous les rouages pernicieux qui entourent les femmes dans ce petit village isolé du reste du monde, où la radio est un élan de liberté et où la télévision terrifie autant qu'elle fascine. La modernité toque à la porte de cet univers engoncé dans ses règles traditionnelles très strictes, mais qui vacillent (autant du côté des maris où certains se révèlent "modernes" car ils n'ont jamais battu leus femmes, que du côté des femmes elles-même qui régissent le village pendant que les hommes font affaires). Jamais la domination genrée n'a été à ce point torturée sur le fil invisible des convenances. Les femmes bouillonnent de se révolter, pendant que les hommes tentent de maintenir leur pouvoir à coups de menaces. La seule chose qui semble tenir, c'est le Mooladé, à travers cette corde que tout le monde enjambe, même les animaux, et que personne n'ose défaire, de peur de provoquer les dieux.
Un film essentiel sur l'une des tortures les plus injustement tolérees pratiquées sur les femmes, où le ratio de mort est plus élevé que le nombre de survivantes de ce massacre génital perpétué de mères en filles. La colère est partout et le deuil plane au-dessus du village...