Cher Gilles,
Sûr que si tu fréquentes ce site, la moyenne de ton dernier effort ne doit pas t'enchanter des masses, vu qu'à l'heure où j'écris cette lettre, elle est en train de chercher du pétrole.
De mon côté, j'ai même eu la surprise de voir l'un de mes abonnéclaireurs m'avertir de la baisse de qualité alarmante de ton film, Moon le Panda. Difficile de fuir quand on a payé sa place et que l'on s'est déjà installé dans la salle...
Faut quand même constater que depuis ton opus initial, Mia et le Lion Blanc, tu n'oses le changement que très peu, à vrai dire : un enfant, un animal, la tendresse et l'amitié. Et ériger chaque fois en véritable expérience cinématographique la volonté de faire vivre le plus possible, ensemble, les deux composantes de ton duo.
Aïe, j'oubliais que Le Loup et le Lion mettait en scène une jeune femme et deux animals... Suis-je bête.
Gilles, ne vois pas dans cette dernière réflexion un quelconque cynisme de ma part, ou une ironie mal placée. D'autant plus que je n'ai pas détesté tes deux premiers films écologico-familiaux, pour tout te dire. Mais il faut reconnaître que dans Le Dernier Jaguar, tu étais en petite forme, avec cet humour pataud et ton personnage de prof de SVT sous crack qui jouait les utilités, voire le running gag vite gonflant. Ou tout simplement hors-sujet.
A priori, aujourd'hui, Moon le Panda ne change pas ta formule d'un iota, tout en se révélant encore plus diabolique que tes oeuvres précédentes. Car un bébé panda, c'est la migonnitude en mode ultra. Cela devrait tout simplement pas être permis. Il y aura donc encore cette amitié en mode choupi. Il y aura aussi ces somptueux décors, cette fois-ci dans les montagnes du Sichuan. Tout comme cette séparation comme horizon inévitable.
Mais cette fois-ci, il m'a semblé que le panda que tu mets en scène n'était pas totalement l'animal totem de ton film. Car j'ai eu plus l'impression que la composante humaine de ton récit prenait un peu plus le dessus que d'habitude et qu'elle s'élevait contre ton histoire d'amitié. Car ici, pas de braconniers, de chasseurs ou d'exploitation circassienne. Non.
Il n'y a qu'une famille en train de se décomposer, avec les parents qui s'engueulent et qui se séparent, ce père qui met à la pression à son fils, et les frère et soeur trop différents qui ont le spleen.
Crois-le ou non, Gilles, même si tu cela est plutôt écrit de manière naïve, il m'a semblé que ta formule n'était pas totalement la même. Et je l'ai plutôt appréciée, ayant gardé en tête les quelques agacements nourris par Le Dernier Jaguar qui essoufflait ton propos de sauvegarde de la faune sauvage en danger.
Moon le Panda, c'est donc une nouvelle aventure familiale dans le sens premier du terme. Pas le film du mois, Gilles, mais assez sympa pour en garder quelques bons souvenirs et vouloir essayer, avec ma faible capacité de persuasion ici, de remonter la moyenne de ton oeuvre sur le site.
Bien à toi,
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