Moonlight est un film qui a su trouver son public rapidement (60 millions de dollars de revenus contre à peine 2 de budget), tout en étant applaudi par la critique (Oscar du meilleur film, 5e meilleur film du XXIe siècle selon le New York Times). Et il y a de quoi, pour ce beau film d'apprentissage poétique.

Le film est en 3 parties claires et distinctes, chacune sur une étape de la vie du personnage principal, Chiron aka Little aka Black. La magnifique affiche du film montre d'ailleurs son visage en trois parties et en trois âges. Dans la première ("Little"), on le suit encore petit enfant, timide et quasi-muet, embêté par ses camarades, laissé pour compte par sa mère, et pris sous son aile par un dealer du coin, magnifiquement interprété par Mahershala Ali (qui obtiendra l'Oscar du meilleur acteur pour un second rôle). C'est sûrement la plus réussie, notamment par la présence de l'acteur, mais aussi par sa richesse et sa mise en scène. Certes, le dealer s'occupe bien de lui, mais il participe à vendre de la drogue aux habitants du quartier, dont la mère de Little. Lorsqu'il est confronté par son protégé, il s'enferme dans la honte, et Little s'en va, tout simplement. On comprend aussi que l'enfant se pose déjà des questions sur sa supposée différence et sur son orientation sexuelle, avec notamment une scène de bagarre gentille avec l'un de ses amis. Niveau mise en scène, le moment où son mentor lui apprend à nager directement dans la mer reste dans les mémoires, entre douceur du professeur, instabilité des flots et première liberté. Scène suivie directement par une autre au crépuscule, sur cette même plage, lorsqu'il raconte à Little qu'il doit devenir qui il veut être. A la lumière de la nuit, les garçons noirs paraissent bleus...

La deuxième partie ("Chiron") est sans doute la plus faible. Chiron est désormais adolescent, sa mère est complètement tombée dans l'addiction, et ses camarades sont passés du quasi-harcèlement aux agressions physiques violentes. C'est aussi à cet âge-là qu'il vit sa première expérience sexuelle, avec son meilleur ami, Kev. Encore une fois sur une plage, en pleine nuit, avec la mer comme symbole de liberté et d'espoir. A ce moment-là, le dealer ne fait plus partie de l'histoire, ce qui manque. Chiron est toutefois resté proche de la petite amie de ce dernier, mère de substitution. C'est aussi là où le scénario est le plus faible : quand Chiron se fait tabasser en plein jour devant cent témoins, la police ne bouge pas, quand il se venge en explosant une chaise contre son agresseur (sah quel plaisir), il va en tôle pendant des années. Bon.

La troisième partie ("Black") a des airs d'In the mood for love. Chiron, désormais surnommé Black, est devenu dealer dans une autre ville à sa sortie de prison. Il est méconnaissable, a pris facile 90 kilos de muscle, met des grosses chaines et dentiers en or. En quelque sorte, il est devenu son mentor. Au premier abord, c'est même peu crédible, mais il faut sans doute admettre que la prison change à ce point un homme. Son côté tendre, derrière tous ces attributs de masculinité toxique, va toutefois lentement se révéler. Il retrouve déjà sa mère, désormais en centre de désintoxication, avec qui il se réconcilie. Surtout, il retrouve Kevin, son ami d'enfance qui venait de le recontacter. La longue scène au restaurant, illuminée de couleurs rougeoyantes artificielles dans la nuit, même plaisirs charnels (la nourriture) et sensoriels (la musique) pour une ambiance terriblement sensuelle. Kevin, lui-même relativement déçu par sa vie, doute que Black est véritablement devenu qui il voulait être. Une fois dans l'appartement de Kevin, encore une fois tout près de la fameuse plage, la carapace finira par craquer, lorsque le gros nounours admettra de but en blanc que la seule expérience sexuelle qu'il a eue était avec lui, Kevin. Comme une déclaration d'amour. Avant deux scènes magistrales, l'une où Kev prend un fragile Chiron dans ses bras, et un flash-back où Little, enfant, se retrouve sur la plage la nuit. Peut-être le meilleur moment pour enfin devenir ce que l'on souhaite.

Créée

il y a 7 jours

Critique lue 3 fois

Samji

Écrit par

Critique lue 3 fois

1

D'autres avis sur Moonlight

Moonlight

Moonlight

8

mymp

1217 critiques

Va, vis et deviens

Au clair de lune, les garçons noirs paraissent bleu, et dans les nuits orange aussi, quand ils marchent ou quand ils s’embrassent. C’est de là que vient, de là que bat le cœur de Moonlight, dans le...

le 18 janv. 2017

Moonlight

Moonlight

4

JérémyMahot

29 critiques

Un scénario lunaire

Moonlight, comme son personnage principal, a du mal à se situer : le film de Barry Jenkins se présente d'abord comme un témoignage social, à vif, caméra à l'épaule dans le style des frères Dardenne,...

le 11 févr. 2017

Moonlight

Moonlight

3

Plume231

2379 critiques

La seule chose à retenir : la bourde la la landienne !!!

Les vannes de Jimmy Kimmel, les très nombreuses piques anti-Trump de la part de Kimmel et des différentes stars qui ont défilé sur scène, des noirs récompensés à profusion pour tenter de faire...

le 1 mars 2017

Du même critique

Le mal n'existe pas

Le mal n'existe pas

5

Samji

486 critiques

Dersou Ouzala chez les cinglés

J'étais enthousiaste à l'idée d'aller voir Le mal n'existe pas : un film japonais, contemplatif et esthétique, un conte écologique, le tout par Ryusuke Hamaguchi, le réalisateur de Drive my car, un...

le 13 avr. 2024

Look Back

Look Back

5

Samji

486 critiques

Manga girl

Look Back est un objet curieux. Tiré d'un manga de l'auteur à succès de Chainsaw Man, manga hyper connu et gore à souhait, il dépeint ici l'apprentissage du manga par deux adolescentes qui vont...

le 29 sept. 2024

Oui

Oui

8

Samji

486 critiques

Ken Man

Oui (traduction littérale du "ken" hébraïque) est un film chaotique. Mais commençons directement par ce qu'il n'est pas : un film polémique. Présenté comme un brûlot à la limite de l'antisionisme,...

le 22 sept. 2025