🎬 MORLAIX - Jaime Rosales | ⭐ 8/10
Avec Morlaix, Jaime Rosales signe un film à part, presque hors du temps, qui peut fasciner autant que laisser perplexe. Un récit d’apprentissage amoureux qui oscille entre hommage à la Nouvelle Vague et geste plus personnel.
Le film suit Gwen et sa bande, entre premiers élans amoureux, hésitations et projections vers l’avenir. Rosales capte avec une certaine justesse la fragilité des sentiments, ces moments suspendus où l'on s'interroge sur ce que la vie nous réserve.
La force du film tient à ses acteurs. Je le répète, Mélanie Thierry est sans doute la plus grande actrice actuelle et confirme qu'elle resterait fascinante à simplement lire le code de la route. Samuel Kircher s'impose film après film comme un acteur en tous points irrésistible. Sa présence à l’écran, à la fois naturelle et habitée, irradie le film de bout en bout. Il impose une intensité qui laisse penser que sa carrière devrait au-delà de celle de sa mère ou celle promise à son frère.
Mais à force d’accumuler les effets formels (variations de formats d'image, passages du noir et blanc à la couleur, jeux de narration faisant passer brutalement du passé au présent), le film semble parfois se perdre. Ce qui relevait au départ d’une forme d'audace et de liberté interroge sur le côté artificiel de ces choix de mise en scène, parfois difficiles à justifier du point de vue du sens.
Le rythme, très étiré, pourra également rebuter, avec ses dialogues souvent théoriques et ses longues scènes. Il faut accepter de s’abandonner à cette lenteur, à cette poésie diffuse, sous peine de rester à distance.
Heureusement, le film se déroule à Morlaix et non à Paris, car il cocherait alors toutes les cases du film germanopratin, avec une jeunesse bourgeoise dont les moyens lui permettent de passer ses journées à disserter sur le sens de l’amour et de la vie. Ici, le décor breton apporte un léger contrepoint, même si cette tendance à l’introspection un peu hors-sol n’est jamais complètement évitée.
Morlaix est donc un film à double tranchant : un objet singulier, délicat, et inventif ou un exercice de style trop déconnecté ?
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