Sans aucun doute le film qui m’a le plus bouleversé ces dernières années, à tel point que j’ai été contraint de le regarder en plusieurs fois, tant il m’a pris aux tripes. Ce film laisse derrière lui un nombre vertigineux d’interrogations, dont beaucoup demeurent encore aujourd’hui sans réponse.
On suit l’histoire d’un adolescent et de son père : le premier étant addict à tout ce qui bouge, le second tentant inlassablement de le sauver. Au fur et à mesure que le film avance, Nic ne cesse d’expérimenter de nouvelles substances, jusqu’à découvrir ce qui semble être la pire de toutes les drogues : la crystal meth.
Une séquence particulièrement marquante se dégage du film : celle où Nic comprend que la drogue n’est pas son véritable problème, mais plutôt la manière dont il traite ses propres difficultés. Or c’est précisément ici, à mes yeux, que le film suscite les réflexions les plus fortes. L’histoire de cet adolescent est en apparence banale : une vie de famille classique, une enfance dans une très belle maison entouré de ses frères et sœurs, une relation presque idéalisée avec son père. Ce dernier est d’ailleurs extrêmement présent et lui témoigne un amour indéfectible. On ne comprend donc pas quel est ce vide que l’adolescent cherche à combler, ni même d’où ce vide puise sa source. C’est sans doute l’aspect le plus vertigineux du film.
On imagine souvent que les personnes qui consomment des drogues dures portent une histoire traumatique qu’elles tentent d’anesthésier. Or il n’en est rien, comme le démontre ce film. Beaucoup d’entre nous éprouvent parfois un vide intérieur, source de tristesse et de mélancolie. Et parce que la vie est faite d’une mosaïque de circonstances, la simple envie de noyer sa peine, combinée à de mauvaises rencontres, peut mener aux chemins les plus destructeur, comme le montre ce film. Celui-ci revêt donc un rôle de sensibilisation particulièrement important et efficace.
On comprend également, à travers le récit et certaines vulgarisations scientifiques, qu’une fois le chemin de la crystal meth emprunté, il n’existe malheureusement presque aucune possibilité de retour. Le destin semble alors condamner l’individu à creuser sa propre tombe. Le film devient, à cet égard, insoutenable, tant on voit David (le père) se battre sans relâche dans un combat déjà perdu d’avance. Il finira par comprendre qu’il n’existe qu’une seule issue pour se sauver lui-même : abandonner celui qui s’abandonne. Il faut ici saluer la performance de Steve Carell, absolument remarquable. La résilience et le désespoir qu’il insuffle à son personnage sont saisissants.
On ne sait finalement pas ce qu’il advient de Nic. La scène finale entretient un flou (peut-être volontaire?) où l’on voit l’adolescent s’effondrer d’une overdose dans des toilettes, sans que l’on sache s’il est véritablement mort ou non. D’une certaine façon, le film nous contraint presque à souhaiter la mort de ce jeune homme, tant son existence devient un fardeau insoutenable qui ravage tout sur son passage.
À titre personnel, cette absence de solution face à la crystal meth, tout comme l’origine du vide intérieur du personnage, continuent encore aujourd’hui de m’interpeller et d’appeler des réponses.