My Left Foot est un grand film pour de nombreuses raisons, mais la plus importante est qu'il nous donne une image si complète de la vie de cet homme. Ce n'est pas un film inspirant, bien qu'il inspire ; ce n'est pas un film de compassion, bien qu'il inspire la sympathie. C'est l'histoire d'un homme têtu, difficile, béni et doué qui a reçu de mauvaises cartes, qui les a jouées brillamment, et qui nous a laissé de bons livres, de bonnes peintures et l'exemple de son courage. C'est une expérience cinématographique riche, et cette production britannique exaltante vous laissera en admiration devant l'extraordinaire Christy Brown.
Aussi bonne que soit l'histoire, et aussi brillant que soit le réalisateur Jim Sheridan pour son premier long métrage, c'est Daniel Day-Lewis qui est transcendant dans le rôle de Brown. Sa recréation de la condition de l'écrivain et peintre Christy Brown est si précise, si détaillée et si factuelle qu'elle transcende les critiques sur le choix d'un acteur n'ayant pas d'infirmité motrice cérébrale. Il n'aurait pas pu mieux faire. L'intelligence, l'humour, l'espièglerie et la colère qui brillent dans les yeux de Day-Lewis font de Christy Brown la figure cinématographique la plus mémorable de l'année. L'Oscar ne reflète pas nécessairement le summum du succès pour un acteur, mais Day-Lewis mérite certainement cet honneur.
Tout au long de sa vie, Brown a refusé de céder aux conventions sociales ou à son propre désespoir ; il ne voulait pas jouer la victime. Brown a lutté pour exprimer tous ses sentiments, pas seulement ceux qui sont acceptables ; Day-Lewis travaille de la même manière. My Left Foot, rencontre parfaite entre l'acteur et son sujet, s'impose comme un hommage éloquent aux talents des deux. Daniel Day-Lewis, Hugh O’Conor et le réalisateur Jim Sheridan se sont assurés que, quoi qu'en pense Hollywood, leurs efforts combinés ne représenteraient jamais rien de moins qu'un être humain pleinement réalisé.
Brillante et passionnée comme l'est la performance de Day-Lewis, elle n'est pas la seule raison pour laquelle ce film est si exaltant. Le réalisateur Jim Sheridan dessine la famille irlandaise appauvrie de Christy avec une justesse idiomatique et une plénitude émotionnelle rare. Le film célèbre le pouvoir nourricier et guérisseur de la cellule familiale tout en évitant tous les clichés sur les handicapés. On y trouve même une bagarre de bar digne de John Ford. C'est un film que l'on voit pour le pur amour du grand cinéma ; son écriture rigoureuse et son interprétation férocement brillante parviennent à donner une excellente idée de ce qu'était Christy Brown.
Comme beaucoup d'autres, j'ai résisté à l'idée de voir ce film, m'attendant à un drame pesant et respectable ; ce que j'ai trouvé, sans que les cinéastes n'aient jamais dévalorisé le sujet, est l'un des films les plus divertissants de 1989. My Left Foot est glorieusement exultant et d'une drôlerie inattendue... Sheridan et sa jeune star ont universalisé leur héros brisé. Le fait qu'il propose une performance brillante de Daniel Day-Lewis et une excellente distribution de seconds rôles le fait passer du statut de film légèrement sentimental à celui d'excellent.