Étonnamment adoubé par le Vatican il y a une trentaine d'années comme un film important sur le thème de la religion (il l'est), "Nazarin" est probablement par-delà son ironie mordante le long-métrage anticlérical de Buñuel le plus mesuré et compatissant envers les gens de foi, probablement parce que son protagoniste y refuse les contraintes de la religion organisée. Prêtre devenu mendiant confronté à l'hypocrisie des hommes et de l'Église, souvent éconduit malgré ses bonnes actions et peu à peu assailli par le doute face à l'échec, à l'obscurantisme et aux effets essentiellement négatifs que provoque autour de lui la charité dont il ne semble jamais tarir même à ses propres dépens, le personnage-titre superbement incarné par Francisco Rabal est l'un des plus beaux de l'oeuvre du plus francophile des cinéastes mexicains, et permet à Buñuel de multiplier dans un noir et blanc somptueux aux fulgurances éparses, au gré de l'errance aux allures de chemin de croix de son Christ moderne et des femmes pécheresses qu'il a tenté d'aider et qui l'accompagnent dans ses pérégrinations, les tableaux d'une humanité égoïste, cupide, faible et totalement incapable de se remettre en question mais dont la condition bien que peu propice à l'optimisme n'est pas encore tout à fait désespérée.