Né pour tuer avait tout pour être un grand film.
D'abord, un pitch original : au contraire du film noir habituel, c'est l'homme qui est fatal et non la femme. C'est bien Helen qui se perd en tombant amoureuse de Sam.
Ensuite, une psychologie intéressante pour le meurtrier. Sam n'agit en effet que par intérêt ou par orgueil : il tue non par jalousie mais "parce qu'il n'aime pas se faire doubler" et épouse Audrey pour obtenir l'argent et le pouvoir qui va avec. Un monstre froid donc, auquel répond le personnage d'Helen, incarné par la fascinante Claire Trevor. Celui-ci est un peu plus ambivalent : si elle partage avec Sam l'ambition et l'absence de scrupules pour arriver à ses fins, elle apparaît comme réellement amoureuse du tueur. Moins froide, donc.
On le voit, tout l'édifice repose sur les deux acteurs, même si certains seconds rôles s'avèrent truculents - en particulier Walter Slezak, qui compose un détective privé aux petits oignons entre cynisme calculateur et citations bibliques.
Le hic, c'est Lawrence Tierney, alors au faîte de sa gloire et par conséquent mis en avant par la production contre le souhait de Wise lui-même (le titre du roman dont est tiré le film était "plus dangereuse que le mâle").
Car celui-ci n'est ni effrayant ni irrésistible. Je n'ai vu qu'une brute épaisse, sans folie véritable ni charme particulier. Bien difficile de croire qu'un tel type affole toutes les femmes (parlez-moi d'un Cary Grant ou d'un Brando) ou soit une bête sauvage à l'intérieur (n'est pas Mitchum ou Nicholson qui veut).
Ce qui est fatal ici, c'est donc l'erreur de casting. Ajoutez à cela une mise en scène assez académique, loin des sommets qu'atteindra Robert Wise dans la comédie musicale (West Side Story et La mélodie du bonheur) : ce Born to Kill ne tient pas ses promesses. Dans le genre, préférez Assurance pour la mort de Billy Wilder, bien plus passionnant dans la mise en scène et avec une Barbara Stanwyck vénéneuse à souhait.