Né pour tuer
6.7
Né pour tuer

Film de Robert Wise (1947)

Un film noir d'une grande pûreté, d'une féroce brutalité grâce à la folie du personnage joué par Lawrence Tierney et sa gueule effrayante à force d'être patibulaire, acérée, raide. Une tête de lame. Un regard coupant.

La perversité auto-destructrice du personnage interprêté par Claire Trevor n'est pas mal non plus dans le genre... la femme fatale à elle même incapable de réfréner sa propre perte qui se joue par un orage de sens dévastateur autant dans son crâne que dans sa culotte. La pauvre femme est emporté par la virilité exacerbée de ce mâle dominateur, turgescent, tendu, raide comme un coup de trique, dans ses mots comme dans ses étreintes.
La bête qui rugit, qui bouscule, qui giffle, qui raille, qui toise suscite chez les femelles environnantes un étrange malaise, fouille leurs âmes d'un simple regard, d'une fruste phrase il embrase leur part cachée intime et cette masse humaine crée le désir, celui qui consume, auquel il est bien dur de résister. Claire Trevor illustre parfaitement tous les tourments qu'elle subit. Sa performance est en ces points réellement efficace, justement équilibrée, sans grand excès.

Et puis c'est toujours avec plaisir que je retrouve l'ami Elisha Cook Jr. et sa bouille trop petite pour son chapeau comme me le faisait pertinemment remarquer ma compagne. Une binette sympathique qui détient un secret indéfinissable, quelque traquenard qui transforme le regard que lui voue le spectateur de l'attachement à l'effroi en une fraction de seconde. Un acteur au physique phénoménal.

C'est évident que la réalisation de Wise n'apporte pas au genre une puissance d'innovation et de symbolisme comme ont pu le faire les allemands hollywoodiens que sont les Lang, Siodmak ou Wilder avec leur savoir-faire expressionniste, mais il parvient cependant à tirer son épingle du jeu... des ces comédiens. La mise en scène ne révèle guère de fautes. La mise en image garde la bonne distance, colle bien au texte, au tempo, aux comédiens. C'est ce qu'on appelle de la belle ouvrage, du bon boulot. Sans génie, il exploite à fond son histoire et ses personnages, se met à leur service, sans tambour ni trompette. Efficace.
Alligator
7
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le 1 janv. 2013

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