C'est une histoire un peu étrange que celle de cette espèce de monstre d'amoralité refusant d'accepter la frustration à un point tel que le meurtre lui semble souvent la solution la plus appropriée.
Alors qu'il décide de se mettre au vert quelques temps après un dernier coup de sang, le brutal personnage rencontre une femme moins éloignée de lui qu'elle n'y parait et fraîchement divorcée de surcroît, ce qui n'est en 1947 ni banal ni anodin.
Claire Trevor joue très habilement de son physique un peu dur, elle écrase de sa personnalité le pauvre Lawrence Tierney qui se trouve être beaucoup plus crédible en brute épaisse qu'en séducteur. Je veux bien ne pas ignorer que certains primates peuvent plaire à la gent féminine, mais il y a tout de même une limite, et inutile de vous baser sur l'affiche pour vous faire une idée, elle est très habilement trompeuse.
Du coup, avec ce petit bémol, j'aurais presque pu le saquer un peu celui-là, malgré mon amour pour Wise et le film noir... Mais heureusement, Dieu créa Walter Slezak.
Walter Slezak, que j'aime d'amour, c'est ce type que vous avez peut-être déjà vu en teuton magnifique et machiavélique dans Lifeboat et en amateur de choucroute truculent dans le merveilleux On murmure dans la ville.
Ici, le bel agneau dodu joue le privé, et oui, forcément, il en fallait un, sinon, ça manque, et du coup, à force ce n'est pas toujours facile d'imposer un privé un peu différent de la masse habituelle. Walter lui, il tord le rôle pour le mettre à sa mesure, et, une fois bien à l'aise dedans, il en profite pour lui donner des faux airs de représentant de commerce sans scrupules... On ne le voit pas assez, hélas, mais c'est bien ce personnage qui permet au film de se bonifier dans ma mémoire et qui lui vaut de ma part une générosité pas si volée que ça.