Voir le film

Il y a longtemps que j'ai abandonné l'espoir que Guillermo del Toro, dont j'ai personnellement aimé la période "espagnole", avec en point d'orgue "le Labyrinthe de Pan", fasse à nouveau un bon film. Disons que je suis allé voir son "Nightmare Alley" en espérant juste qu'il serait moins médiocre que "la Forme de l'Eau". Et sur ce point-là, au moins, j'ai été satisfait. Pour le reste...


Del Toro reste un cinéaste obsédé par l'image, qu'il a tendance à "chiader" au delà du raisonnable, et surtout sans aucune considération vis à vis de l'adéquation entre la forme de ses films et leur propos : il n'est plus depuis longtemps un vrai réalisateur, il est juste un illustrateur d'histoires, et encore, un illustrateur formaliste et surtout passionné par la reproduction de styles graphiques ou visuels d'antan. Et dans la seconde partie de "Nightmare Alley", celle où l'histoire racontée devient enfin intéressante, celle où la mythologie du film noir classique devrait se déployer pour être revisitée et transcendée, Del Toro fait preuve d'une terrible lourdeur, accumulant pompiérisme dans les décors et alignement sans vergogne de clichés dépassés (le pire étant évidemment celui de la femme fatale, caricaturée par une Cate Blanchett qui n'a plus rien de la grande actrice que nous aimions).


Heureusement, il reste la première partie du film, qui, malgré - ou peut-être à cause de - sa relative indigence scénaristique, trouve un peu de vérité, et de beauté même, dans la description de la rude vie des forains, et de leur exploitation crapuleuse de l'ignorance crasse de leurs clients. Même si elle est trop longue, cette première partie du film nous laisse espérer un film plus libre, plus léger, plus vrai que celui qui va ensuite être déroulé devant nos yeux fatigués en suivant un schéma scénaristique tellement prévisible qu'il ne saurait finalement amener à une conclusion crédible.


Il faut aussi ajouter que l'une des faiblesses du film, qui reste divertissant, entendons-nous bien, est le choix de Bradley Cooper pour le rôle principal : cet acteur léger, charmant; n'a absolument pas la profondeur pour interpréter un personnage aussi complexe que le sien, et réduit à néant les efforts de Del Toro pour actionner le vieux ressort de la tragédie grecque du meurtre du père.


Bref, encore un film de Del Toro qu'on oubliera bien vite après l'avoir vu.


[Critique écrite en 2022]

Eric-Jubilado
6
Écrit par

Créée

le 23 janv. 2022

Critique lue 505 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 505 fois

19
10

D'autres avis sur Nightmare Alley

Nightmare Alley

Nightmare Alley

9

RedArrow

1231 critiques

"Je suis né pour ça."

Les premières minutes que l'on passe à parcourir cette "Nightmare Alley" ont beau nous montrer explicitement la fuite d'un homme devant un passé qu'il a cherché à réduire en cendres, le personnage de...

le 19 janv. 2022

Nightmare Alley

Nightmare Alley

4

Plume231

2387 critiques

Freaks!

Je n'ai pas lu le roman original de William Lindsay Gresham duquel ce film de del Toro est adapté. Par contre, j'ai vu la version antérieure de 1947 d'Edmund Goulding. Ce qui fait que j'en profite...

le 19 janv. 2022

Nightmare Alley

Nightmare Alley

8

Behind_the_Mask

1475 critiques

C'est moi le monstre

Le masqué, il attend chaque nouvel opus de Guillermo Del Toro avec ardeur et impatience. Souvenez-vous qu'en 2017, il couinait comme une jouvencelle de ne pas pouvoir aller dans son cinéma fétiche...

le 19 janv. 2022

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6840 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6840 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6840 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020