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140 critiques
Ni oui, ni non
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le 3 juin 2025
Présenté dans le formidable vivier de premiers films programmés par la très précieuse sélection de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, Nino n’a laissé personne indifférent. Ce personnage qui apprend, dès les premières minutes du film, sa maladie et la nécessité de commencer un traitement, est né de la tristesse de sa réalisatrice et scénariste Pauline Loquès, ayant perdu un proche terrassé dans la force de l’âge. Mais la force de l’écriture conjure ici l’expérience du deuil pour raconter l’histoire d’une lutte, et d’un homme qui, en se cognant au réel, va apprendre à renouer contact avec lui.
Pauline Loquès confie avoir eu un coup de foudre pour ce personnage qui émergeait au fil de son écriture, et c’est exactement ce qui s’impose au spectateur. Dans ce portait en acte, cahotant et fragile, une tendresse profonde se construit pour ce jeune homme obligé de composer avec plus grand que lui.
Nino évite tous les pièges d’un tel sujet en optant systématiquement pour les pas de côté, dès sa singulière ouverture où l’annonce au patient se fait dans le malentendu, comme pour en désactiver la charge pathétique. Les maladresses seront d’ailleurs nombreuses dans ce récit où tout semble à construire (en témoigne la présence des ouvriers dans l’arrière-plan du cabinet médical), et tout peut se briser, comme cette pile d’assiettes qui se fracasse au sol, provoquant autant de gêne qu’une nouvelle forme de complicité entre Nino et une ancienne camarade de collège qu’il avait perdue de vue.
Lorsque Nino demande au médecin « C’est quoi les chances de mourir ? », cette dernière lui répond qu’on s’interroge plus généralement sur les chances de vivre. C’est là le paradoxe fécond de ce récit sobre, qui, loin d’être gangréné par la maladie, trace des lignes directrices vers un affrontement, et canalise toutes les énergies nécessaires pour le mener à bien. On lui propose de congeler son sperme avant le traitement, perche déjà tendue vers l’avenir de la guérison. Et tout le périple qui suivra, resserré sur trois jours se fait dans un entre-deux (le diagnostic/le début du traitement), un temps mort dans lequel surgira la vie. La galerie de personnages, superbement écrits ou esquissés au fil de rencontres éphémères, dessine une humanité touchante, faillible, maladroite aussi lorsqu’il s’agit d’accompagner ou accueillir une telle nouvelle. Un vieux marginal, un mort, un enfant à qui raconter des histoires, une femme qui s’en va, une autre qui apparait. Nino esquive, se confie plus aux inconnus qu’aux intimes, et offre une large palette de jeu à Théodore Pellerin, qui crève littéralement l’écran. Sous le patronage bienveillant de Jeanne Balibar et Mathieu Amalric, venus jouer un second rôle qui adoube clairement la jeune cinéaste Pauline Loquès, le parcours de Nino, sonné et tout d’abord marqué par le déni, est tout sauf égocentré. Alors que son ami lui assène maladroitement que « Parfois faut pas trop s’écouter non plus », le jeune homme ne va avoir de cesse, presque malgré lui, de se consacrer aux autres.
Enfermé dehors après avoir perdu ses clés, Nino se confronte donc à une ville mouvante et profuse, où de nombreuses silhouettes semblent silencieusement crier leur solitude. Avant de prendre soin de lui, il s’agira donc d’en sauver quelques autres, confirmant ainsi le portrait que sa mère faisait de lui à sa naissance : « on aurait dit que tu voyais tout mais que tu regardais rien. » Sous le regard bienveillant de Pauline Loquès, Nino recouvre la vue, et, qui sait, la vie.
(7.5/10)
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Créée
le 18 sept. 2025
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