À l’orée de ses trente ans, Nino fait face à l’annonce brutale d’un cancer de la gorge. Pauline Loquès, pour son premier long métrage, choisit de saisir non pas l’intégralité du combat, mais cet intervalle suspendu — ces quelques jours d’avant — où la vie s’arrête presque, suspendue, le temps de digérer le choc. L’idée est puissante, et Loquès la déploie avec une délicatesse peu commune.
Ce qui frappe d’abord, c’est la justesse avec laquelle le scénario articule la douleur, le silence, l’angoisse, mais aussi les petites fissures de lumière : les gestes d’amitié, la tendresse des proches, les instants d’amour (et d’érotisme) qui surviennent presque à contretemps. Le film ne sombre jamais dans le pathos facile — il garde une juste distance, un regard respectueux sur ce qu’on ne contrôle pas, ce qu’on ne sait pas dire.
Le jeu de Théodore Pellerin est absolument remarquable. Il parvient à donner corps à Nino avec une pudeur troublante : ses silences en disent autant que ses paroles, ses regards, ses hésitations. On croit ce personnage, on tremble avec lui, on ressent la peur, le déni, la colère, et peu à peu, une forme de réconciliation — avec soi, avec les autres.
Visuellement aussi, le film est convaincant. Paris n’est pas ici une carte postale, mais un personnage à part entière : ses rues, ses visages, le bruit, le vide, les lumières flottantes. La mise en scène joue sur les contrastes — intérieur/extérieur, mouvement/immobilité — pour exprimer cette errance intérieure de Nino. La photographie capte les lumières fragiles, les silences et les interstices. Le montage, souvent discret, donne le tempo juste, alternant moments d’intensité et respirations nécessaires.
Enfin, Nino réussit ce que beaucoup de films dramatiques peinent à faire : montrer la vulnérabilité masculine sans la jouer en cliché, explorer le rapport au corps, à la voix, à la parole blessée, à la masculinité mise à nu. Le film évoque aussi des réalités peu montrées : la prévention, les questions de fertilité, la peur de l’avenir — et ce, sans moralisme, mais avec humanité et sensibilité.
En somme, Nino est un film important : parce qu’il parle de ce moment délicat où l’on apprend que tout peut basculer, mais aussi parce qu’il offre une lumière — ténue, mais vivante — dans la grisaille de l’épreuve. C’est une œuvre touchante, sincère, portée par une mise en scène raffinée et un acteur principal extraordinairement présent.