Darren Aronofsky, toujours perdu sur son arche au milieu d'un océan de critiques, joue ici la carte de la rédemption. Quoique. Si on pouvait penser de Noah que son statut de blockbuster lui épargnerait l'esthétique si particulière du Créateur, il n'en est pourtant rien. Car oui, Noah suit les même lignes directrices que les précédentes oeuvres du divin Darren, et emboîte donc le pas sur les Requiem for a Dream et autres Black Swan.

Noah se veut donc être une oeuvre contemplatrice du désespoir de ses protagonistes, désespoir partagé cependant bien vite avec le spectateur. On note chez Aronofsky un certain culte pour le corps, et surtout pour tout ce qui met à mal ce dernier. La souffrance physique est donc au coeur de la dernière réalisation de ce dernier, et est souvent montrée telle quelle, comme si il était désormais impossible de s'en cacher, comme si la violence était devenue synonyme de quotidien.

Et ce qui résulte de cette torture physique omniprésente, c'est une torture mentale, tant chez les personnages que chez le spectateur. Cette torture mentale fait écho aux nombreuses autres oeuvres d'Aronofsky, et se transforme bien vite en un sentiment de malaise omniprésent, laissant sans cesse le spectateur dans la tourmente, encore secoué de ce qu'il a vu plusieurs plans auparavant. Aronofsky contemple l'Homme, et surtout le Mal qui le ronge. Et il laisse ce dernier se consumer à petit feu, sans intervenir, le laissant s'en remettre à lui-même, et à des forces supérieures qu'il ne comprend pas, mais qu'il est prêt à suivre tant elles sont réconfortantes. Cette torture mentale est une remise en question sans fin du statut de notre humanité, sans pour autant jamais y apporter une réponse manichéenne.

A côté de cela, il faut noter deux autres points positifs. Le premier étant le casting, très bon, de Russell Crowe à Emma Watson, en passant par Anthony Hopkins, tous très convaincants dans leurs rôles, et à la hauteur d'un tel événement. Ils sont également aidés par une photographie sublime, qui alterne entre paysages de rêves et plans de synthèse somptueux; alliée à la magnifique musique de Clint Mansell qui, décidément, n'est pas prêt de quitter son Seigneur Aronofsky.

Noah se veut donc fort de surfer sur la filmographie de Darren Aronofsky, et de s'y inscrire on ne peut plus parfaitement. Malgré un statut de blockbuster, Aronofsky a su rester fidèle à lui-même et à l'ensemble de son travail, pour amener une nouvelle vision sur une très belle histoire religieuse, qu'il aura su à la fois respecter et discuter. Mais soyez sûr qu'on viendra vous parler ici d'hérésie: comme quoi, le déluge ça avait ses qualités, notamment celle de noyer les critiques.
vincentbornert
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le 21 avr. 2014

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