Noé
5
Noé

Film de Darren Aronofsky (2014)

Voir le film

Bon, en premier lieu, j'devrais pas avoir à le dire mais je sens que ça va déchaîner les passions, ce point litigieux (en même temps, t'adapter l'histoire d'un type chopé dans la Bible, faut bien s'attendre à des cris d'orfraie), mais voilà, personnellement, même si j'ai un rapport conflictuel avec la foi, je peux au moins dire que le credo adopté ici n'est clairement pas le mien et qu'au moins, je me positionne comme un athée pour ce qui est de juger de la crédibilité factuelle de la Bible. Cela étant dit, critiquer le film en prenant comme postulat le fait de ne pas être croyant revient, à mon sens, à dire "J'ai pas aimé le Seigneur des Anneaux parce que je suis cartésien". C'est un tout petit peu con, quand même, parce qu'il s'agit là d'une oeuvre de fiction qui reprend l'histoire de Noé. Bon, l'histoire de Noé, c'est ce type qui se fait une petite embarcation pénard, pour sa famille et lui, et qui se fait squatter par des saloperies de bestioles. J'te jure, ces vacances de merde, quoi !

Le film commence et là, bim. Intro. La violence de l'intro tiendra essentiellement dans l'usage de la pire police de l'histoire du cinéma, qui se permet en plus d'être dorée, ce qui va piquer les yeux aux plus sensibles d'entre vous, avec un parti-pris d'animation à la rude qui paraît complètement incroyable, au point que j'ai cru à un court-métrage en avant-propos. Parce qu'avoir une intro pareille pour un budget pareil, c'est de la moquerie pure et simple. Mais en fait, non, c'est Darren et ses gimmicks un peu chelous. Pour le meilleur comme le pire, d'ailleurs. Bon, une fois cette séquence embarrassante, le film démarre - ou presque - et prend son petit rythme de croisière, présente ses personnages et tout le tintouin. Bon, apparemment, Caïn s'en est sorti pas si mal puisque tout marqué qu'il fut, le bougre, il a eu une descendance plutôt importante. D'ailleurs, on nous précise qu'il a reçu l'aide des Veilleurs (?!) qui sont d'anciens anges déchus (??!!) devenus d'énormes géants de pierre (???!!!!) qui lui ont permis d'atteindre l'âge industriel (oh mother of god). De l'autre côté, la lignée de Seth, le fils qui allait plutôt bien d'Adam et Eve, le moyen, appelons-le, le mec sans histoire que l'Histoire oublie, bref, la lignée de Seth, elle, elle est un peu toute pourrave, avec rarement plus d'un ou deux mâles par génération, qui va se reproduire daille daille pour pas que la lignée sombre dans l'oubli. Quelle vie. Exaltant. Sauf que, v'là-t'y pas que le dernier en date, Noé, fait un rêve où Il lui dit qu'il va dévaster la terre. Bref, l'épopée commence, on l'aura tous compris.
Et faut avouer que rapidement, y'a des trucs étranges. Des géants de pierre, au final, ça me dérange pas plus que ça, on a pas dit qu'on allait faire un truc proche de la bible non plus et prendre un contre-pied de ce genre, je trouve ça plutôt chouette. Par contre, et c'est là que c'est plutôt bizarre, tout est pris au premier degré, avec un sérieux sans concession. Autant, c'est chouette parce qu'au moins, on sent qu'il n'y a pas de jugement sur l'histoire et le réalisateur tient bon le cap en montrant Noé tel qu'il l'entend, autant cela donne quand même des situations à la limite du grotesque, d'autant plus quand les éléments sont refaçonnés par le réalisateur, sans pousser le vice jusqu'au bout. Par exemple : les géants de pierre finissent par aider Noé à construire l'arche et le grand méchant, Tubal-Caïn, roi de mon cul sur la commode, débarque avec ses armées pour monter de force dans le bateau. Les géants le repoussent en le faisant flipper un poil et Tubal va s'installer à genre 500m de là, ramenant des milliers et des milliers de gens pour se préparer à aller daller Noé. Pourquoi pas. Mais... s'il avait autant de main-d'oeuvrer à disposition et plutôt corvéable, pourquoi il s'emmerde à vouloir monter dans l'arche de l'autre alors qu'il pourrait très bien se faire la sienne ? Et je ne parle même pas de la deuxième partie du film, une fois à bord de l'arche, dont le pivot dramatique m'a paru bien disproportionné, parce qu'il tient sur la capacité, dans les récits bibliques, à pouvoir repeupler la Terre à partir de deux individus, sans même éprouver de la consanguinité, non pas une once monsieur. C'est con, parce que le réal' amorçait autre chose de bien mieux et l'a juste laissé se perdre en chemin.
Et en même temps, il y en a, des bonnes choses : Russell Crowe, que je ne porte d'ordinaire pas spécialement dans mon coeur - et d'autant moins depuis la mort de sa voix française (petite pensée pour Marc Alfos), est étonnement bon. D'ailleurs, j'en dirai de même d'Emma Watson, ce qui est plutôt chouette parce qu'en dehors de son personnage, les autres acolytes de Noé sont plutôt vides, entre ses fils qui sont transparents (Hé, vous avez vu, y'a Percy Jackson ! Il aurait quand pu faire un truc pour les flots, l'enfoiré) et Jennifer Connelly qui n'apparaît que pour montrer qu'elle est trop belle pour que le temps ait prise sur elle, c'est pas la joie. Bon, les "Veilleurs" sont bien cool, aussi, avec un rendu en terme d'animation qui donne presque l'impression d'avoir du stop-motion à l'ancienne, ce qui est putain de couillu et fait bien plaisir et on a droit à certaines séquences super chouettes, du genre de Noé qui, convaincu par son aîné qu'il devrait leur trouver des épouses, se glisse incognito dans le campement des humains et se rend compte que bon, ils mangent des bébés, ces gens sont sales (ce qui est un jugement un peu hâtif pour un mec venu pécho deux nénettes pour ses gamins). Ou même, et c'est là que j'attendais le film (et il m'a un peu évité pour continuer son chemin pépère) quand l'arche flotte tranquillement à côté du pic rocheux où se battent les derniers humains contre les flots et que Noé commence à réellement douter de sa mission (en même temps, quand t'entends hurler les survivants des plusieurs millions que t'as laissé sous la mer, y'a moyen d'être pris d'un doute) et qu'il en conclue que le Créateur n'a pas pu vouloir que l'homme repose le pied sur sa création. Ca manque de virer au slasher ! Le personnage de Noé devient alors l'ombre de lui-même et la caméra le quitte de plus en plus fréquemment, le montrant à l'écran comme un fantôme hantant sa propre arche. Dommage, en fait, qu'on ait pas poussé un peu dans cette direction, qu'on ait pas eu deux trois séquences bien infernales sur la noyade de ces millions de gens (j'aime bien aussi le plan où Noé est sous l'eau avec tous les noyés). En fait, pour résumé, dommage que le métrage n'assume pas davantage son côté fantastique pur et délaisse ses aspects terre à terre pour porter davantage un récit qui est quand même basé sur quelques paragraphes d'un long ouvrage.

Bon, en somme, tout ça, c'est vachement moyen. Perso, je m'attendais à un espèce de trip sous acide à la The Fountain, un truc très bobo psychédélique. Au final, j'ai eu du bobo vegan qui vit dans la forêt et construit un bateau avec du bitume, mais genre le gars quoi. Le film a vraiment le cul entre deux chaises, entre son sérieux religieux et sa dimension héroic-fantasy, en plus de ses choix esthétiques parfois discutables (les animaux en CGI, pour ne citer qu'eux). En tout cas, après débriefing, il paraît que la BD qu'en avait tiré Aronofsky est très bien, alors au pire, lisez-la, ça sera toujours ça de pris !
0eil
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Films vus ou revus en 2014 et Les meilleurs films de 2014

Créée

le 10 avr. 2014

Modifiée

le 11 avr. 2014

Critique lue 490 fois

0eil

Écrit par

Critique lue 490 fois

4
3

D'autres avis sur Noé

Noé

Noé

4

Sergent_Pepper

3191 critiques

Les arcanes du blockbuster, chapitre 9.

Jour de pluie. Même les fruits en plastique de la corbeille sur la table semblent maussades, et la pomme se colore d’un rouge étrange dans la clarté grise de cette fin de matinée. - …et donc les...

le 27 juil. 2014

Noé

Noé

6

EIA

250 critiques

4,5,6 ? Flou mystique

Au sortir du cinéma, s'il est une chose évidente, c'est que Noé ne laisse pas indifférent. La salle, comble, se déverse sur le trottoir sous les rires moqueurs et les oh! admiratifs, on donne son...

le 13 avr. 2014

Noé

Noé

5

guyness

895 critiques

Darren-drops keeps falling on my head*

Poussé par une passion vieille comme Mathusalem (à l’échelle de ma vie) pour Jennifer Connelly et un intérêt pour Aronofsky, j’entrainais dans mon sillage une mauvaise troupe de sudiste prête à...

le 13 avr. 2014

Du même critique

Rusty James

Rusty James

9

0eil

261 critiques

Critique de Rusty James par 0eil

Après une longue discussion ayant pour thèmes les Parrains que je venais de découvrir et mon admiration pour le Mickey Rourke des années 80, magnifique dans Angel Heart, on me conseilla Rusty James,...

le 3 févr. 2011

Jurassic Park III

Jurassic Park III

3

0eil

261 critiques

Script : ANIMAL EN ANIMATRONIQUE : "Allan ! Allan !"

Dans mon souvenir de ce film, il n'était, attention, "pas si mauvais". Cela qualifie les films qui ne sont pas bons, mais que je n'arrive pas à qualifier de mauvais tant ils jouent de la corde...

le 23 déc. 2010

Star Wars: Knights of the Old Republic II - The Sith Lords

Star Wars: Knights of the Old Republic II - The Sith Lords

9

0eil

261 critiques

À bout de souffle

Alors que sur les écrans s'étalaient la guerre des Clones, version triviale et décomplexée du conflit à l'Américaine, les comics Star Wars commencèrent à distiller un autre visage de ces batailles...

le 21 juin 2011