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SuivreUne petite ville tranquille
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Bob Odenkirk («Better Call Saul» - forever) incarne Ulysses, un vieux shérif en remplacement dans une petite ville. Ce qu’il ne sait pas = tous les habitants soi-disant paisibles, quel que soit leur âge ou leur fonction, couvrent en fait un réseau criminel yakuza avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent en jeu.
Le principal regret que laisse «Normal» tient au décalage entre la richesse de son point de départ et la relative banalité de son aboutissement. Avec sa petite ville rurale isolée, régulièrement malmenée par les tempêtes de neige, le film disposait pourtant d’un décor idéal pour faire émerger une tension à la fois sociale, politique et humaine. Dans cette Amérique périphérique, loin des grands centres de décision, les habitants semblent livrés à eux-mêmes, confrontés à la précarité et à l’effacement progressif de leur horizon économique. L’idée de les voir contraints de travailler pour une puissance étrangère (les yakuzas) afin d’assurer leur survie ouvrait une piste intéressante, celle d’une Amérique fragilisée de l’intérieur, dont les promesses de prospérité ne suffisent plus à protéger les laissés-pour-compte. Le récit aurait ainsi pu dépasser le simple divertissement pour interroger, en filigrane, les contradictions d’un pays tiraillé entre son discours patriotique et la réalité matérielle de ses territoires oubliés, notamment dans l’Amérique de Trump. Mais cette dimension politique, potentiellement féconde, reste ici à l’état d’ébauche. Plutôt que de creuser les ambiguïtés de cette situation ou de donner une véritable épaisseur à ses personnages, «Normal» préfère rapidement se réfugier dans les mécanismes bien rodés de la comédie d’action lambda, comme s’il fallait à tout prix sacrifier toute aspérité au profit d’un divertissement immédiatement accessible.
C’est d’autant plus dommage que «Normal» avait de quoi trouver sa propre identité en jouant sur le contraste entre l’apparente tranquillité de cette bourgade enneigée et la violence soudaine qui vient fissurer son quotidien. On pouvait espérer une satire grinçante, attentive aux rapports de pouvoir et aux paradoxes d’une communauté contrainte de composer avec des intérêts qui la dépassent. À la place, le long-métrage s’oriente vers un croisement assez balisé entre «Hot Fuzz» et un nouvel avatar de «John Wick». Mais là où ces deux références tirent leur force d’un travail sur le ton, la mise en scène ou la subversion des codes du genre, «Normal» paraît surtout en retenir les recettes les plus immédiatement identifiables. Les bagarres s’enchaînent, les situations dégénèrent et l’humour tente de désamorcer la brutalité, sans que cette accumulation suffise à renouveler une formule désormais familière. Les personnages et les enjeux s’effacent derrière la mécanique de l’action.
Au bout du compte, ce sympathique petit film m’a laissé l’impression d’un rendez-vous manqué, celui d’une œuvre qui, partie d’une idée singulière et d’un contexte riche en possibilités, finit par rentrer docilement dans le rang. «Normal» avait peut-être de quoi être une comédie noire sur les fractures de l’Amérique contemporaine, mais il se contente finalement d’être une comédie d’action de plus, efficace par intermittence, mais trop générique pour laisser une véritable empreinte.
Créée
le 13 oct. 2026
Critique lue 8 fois
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