<i>Légers spoilers.</i>
C'est un peu partagé qu'on découvre ce long et ambitieux documentaire de Claire Simon. Sur le moment, difficile de bouder son plaisir devant ces morceaux de vie gourmands. Cet appétit d'histoires, d'émotions et de visages, doit composer avec un paradoxe : celui d'avoir tourné à l’ère du covid, aboutissant à un film peuplé de masques qui semblent autant arranger l'anonymat des femmes filmées, que constituer une sorte de contresens à l’envie de rencontre qui meut le film ("j'aimerais voir votre visage", demande souvent un médecin, comme une extension du spectateur). L’humanité du cinéma de Claire Simon fonctionne à plein, au point que même les plans chirurgicaux gores, toujours remis dans un contexte de sens qui redonne à chaque geste sa signification et son but, sont tout à fait possibles à endurer. Là est la force du film, au-delà de la diversité Benetton des corps féminins de tous âges et origines réunis par leur douleur partagée : explorer l'intimité physique des femmes comme un univers partagé, ne pas l'aborder avec une pudeur suspecte, faire connaissance avec un corps commun. Tout cela étant dit, on peut désespérer, comme récemment <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/4U3g8R">chez Philibert</a>, de voir le documentaire de création français si peu réinventé, si peu exigeant envers lui-même, se contentant (au prix d'une mise en scène relativement absente, et d'une forme parfois relâchée) de la force des témoignages et de moments intenses. Sans l'intégration imprévue de la cinéaste à son propre film, rien ici ne surprendrait vraiment (chroniquant ce film avec retard, je dois d'ailleurs dire l’avoir aujourd’hui presque intégralement oublié). <em>Notre corps</em> a été accusé à sa sortie de manquer de tranchant dans sa prise en compte des violences médicales (celles laissées hors-champ, comme celles sous-tendues dans certains échanges : on remarque effectivement, dès le début, au milieu de cette gynécée, les différences entre docteurs et doctoresses, et la rudesse plus forte des premiers, sans savoir si on la projette ou non). Quoiqu’on en pense, cela témoigne aussi d’un film en forme de statu-quo, dont la forme est trop ouverte et académique pour qu’on puisse y lire quelconque prise de position.
(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.underthedeepdeepsea.com/notes-sur-les-films-vus-34/">source</a>)