Le film de Richard Linklater est un peu conçu comme un hommage, d'abord 1. à cette Nouvelle Vague de réalisateurs qui, sortis des Cahiers du Cinéma ou inspirés par eux, ont révolutionné le cinéma français des années 1960-1980 (en imposant des oeuvres plus vraies, plus libres, plus naturelles), ensuite et surtout 2. au film peut-être le plus emblématique de cette Nouvelle Vague : À bout de souffle de Jean-Luc Godard, film indissociable de ses deux protagonistes principaux, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo. Linklater fait, en effet, revivre ce qu'a pu être la conception-réalisation du tout premier long de JLG, sur un scénario de François Truffaut (dont le film Les 400 coups venait d'être récompensé à Cannes) à partir d'un fait divers sanglant largement relaté dans la Presse quelques mois auparavant. Via Nouvelle Vague, on assiste, après que JLG a obtenu le feu vert de son producteur G. de Beauregard, à la sélection de l'équipe du film (techniciens et acteurs principaux), puis aux vingt jours de tournage d'À bout de souffle tels qu'ils ont pu avoir lieu à l'époque, en 1959. J'imagine que Richard Linklater s'est documenté un maximum là-dessus (sur Godard et sur toute l'équipe choisie) pour reconstituer de façon aussi vraie et crédible que possible la fabrication au jour le jour de cette œuvre "mythique" (surtout, son tournage saccadé, car entièrement soumis à l'inspiration à éclipses de son réalisateur aussi néophyte qu'exigeant).
La réussite de cette délicate reconstitution repose beaucoup sur le choix des acteurs, notamment ceux qui personnifient Jean-Luc Godard (Guillaume Marbeck : sombre, torturé, ironique, déroutant), Jean Seberg (Joey Deutch : fraîche, délicieuse, drôle, exaspérée, plus vraie que nature) et Jean-Paul Belmondo (Aubry Dullin : jovial, décontracté, décomplexé et cherchant à recréer Belmondo de l'intérieur), le rôle de ces trois acteurs étant d'autant plus difficile que les personnages qu'ils interprètent sont hyper connus, tant par leur physique que par leur personnalité. Le film est intéressant aussi parce qu'il cherche à élucider 1. le mystère de la réussite d'À bout de souffle, puisque pendant tout son tournage le producteur et une partie de l'équipe étaient tout sauf rassurés sur le résultat final, 2. l'espèce de révolution cinématographique que l'opus de JLG a représentée. Et par ailleurs, le film donne des conseils sur ce qu'il faut faire et ne pas faire pour réaliser un film qui, à la fois, innove et a des chances de rencontrer un succès durable auprès du public. J'ai enfin beaucoup apprécié le générique final du film de Linklater, qui contraste complètement avec le film lui-même et dont la photo est extrêmement travaillée, très dynamique, drôle, gaie, sympa. Bref, comme je le disais en démarrage de ma critique, Nouvelle Vague est un très bel hommage rendu à Jean-Luc Godard et à tous les participants de ce célèbre film noir ("romançant" un fait divers, à la base, glauque et sordide) qui choque forcément la première fois qu'on le voit, parce qu'il sonne vrai et qu'il est aussi dégueulasse que la vie.
P. S. Le film obtient quatre César en 2026 (meilleure réalisation, meilleure photographie, meilleur montage, meilleurs costumes).