Le dispositif est assumé frontalement, presque modestement, au lieu de chercher une profondeur artificiel. En résulte un film profondément amusant, rythmé, joyeux. Oui c'est aussi un bonbon cinéphile, OK. Mais Linklater assume la modestie du geste. Il ne prétend jamais refaire Godard, ni inventer une forme équivalente à celle d’À bout de souffle. Il fait plutôt un film-plaisir sur un moment où "quelque chose" devient possible : une bande de jeunes gens, des acteurs, un tournage, une énergie, une insolence.
Est-ce que l’absence d’invention visuelle godardienne ne devient pas précisément la condition de réussite du film? Si Linklater avait essayé d’être plus godardien que Godard, ça aurait pu devenir insupportable, muséal ou poseur. En choisissant de filmer "comme", ou du moins en filmant dans le souvenir esthétique du film de Godard, Linklater fabrique un espace de jeu plutôt qu’un manifeste. Et ça lui va très bien !
Linklater n'est pas un cinéaste de la rupture violente, mais de la conversation, du temps qui passe, du groupe, de la disponibilité au présent. C'est pour cela que son Godard n’est pas seulement le génie/révolutionnaire qu'on connaît tous, c’est surtout Godard comme héros de comédie : un type agaçant, drôle, intelligent, enfantin, tyrannique, inspiré, parfois ridicule.
C'est dans cet espace de la comédie que le film peut questionner l’art sans devenir théorique : qu’est-ce qu’un artiste ? Un visionnaire ? Un emmerdeur ? Un tricheur ? Quelqu’un qui transforme son manque d'inspiration ou de moyens en style ? Et surtout le film ne semble pas cacher son calibrage derrière du flou existentiel. Il dit presque : "Si vous n'aimez pas cet objet cinéphile, rythmé, drôle, amoureux de cinéma, allez vous faire foutre !"
C’est peut-être léger, mais c’est honnête dans sa légèreté. Et puis bordel ça fait plaisir cette galerie de jeunes acteurs français, tous inconnus, tous excellents ! Donc le plaisir est clair, le dispositif est clair, l’hommage est clair : le film est formidable.