“Unbelievable stories! They’re so enchanting.”
Pur bijou d’art et essai noir et blanc venu d’Estonie, le conte d’horreur folklorique “November” soumet une réponse poétique et surréaliste à une question existentielle, déchirante : à quoi bon avoir une âme dans un monde qui en semble dénué ?
Drapé dans le désespoir, la magie et la sorcellerie, ce miracle gothique est sublimé par une photographie monochromatique brute et nue aux contrastes éblouissants, non sans rappeler certaines créations visuelles de Woodkid ou d’Alexeï Guerman. Sa bande originale obsédante et mélancolique y berce une tragédie mirifique dans laquelle se côtoient loups-garous, démons et kratts (des outils possédés, d’une sagesse infinie) sous le ciel baltique immobile et insondable du mois de novembre.
“November” est un cauchemar terriblement triste déguisé en rêve éveillé, traîné dans une neige fondante et noircie, sali par le péché, infesté par la peste, avant d’être brièvement purifié par l’or dans un éclair de lumière céleste. En d’autres termes, une prodigieuse allégorie qui relate la douleur dans la misère et le sacrifice, et explore les fondements socio-religieux d’un peuple conquis, ardemment attaché à sa terre et aux mythes médiévaux qui la sacrent et la hantent.
Auréolé de fantaisie animiste, le long-métrage raconte ainsi la lutte pour l’identité estonienne à travers une idylle romanesque, qui poussera les anciens à se réconcilier et à s’unir afin de permettre la jeunesse et la postérité d’une nation vouée à la damnation. En résulte une œuvre fabuleuse à l’humour noir transcendant, exposant les joies et malheurs inévitables de l’existence au fil d’une passion secrète dont les battements de cœur hurlent l’amour.
Un triomphe de style et d’ambiance, enchanté et enchanteur, qui danse entre foi et vie, création et surnaturel, dans un monde sombre et boueux fait d’ombres et fumées. Grandiose.