Un village sous la neige où les paysans ont l'habitude de consulter la sorcière ou de rencontrer le Diable dans la forêt pour lui vendre leur âme en échange d'un service, où la peste prend la forme d'une jeune fille, d'une chèvre ou d'un cochon, où la beauté et le rêve côtoient la laideur et la trivialité, où l'amour absolu fait face à la concupiscence, la cupidité et le mensonge. Un noir et blanc féérique, fantastique, très contrasté qui magnifie la nature, une forêt la nuit, les déambulations nocturnes d'une jeune aristocrate somnambule sur le toit de son palais, mais exacerbe la laideur des visages et noircit le sang. Une atmosphère fantastique, entre sorcellerie et magie, où l'on n'a qu'à siffler le Diable pour qu'il apparaisse, où les fantômes des morts vont au sauna ou se promènent la nuit, où les jeunes filles deviennent des loups, où des tas de ferraille appelés Kratts peuvent acquérir une âme et servir leur maître.
Je vais en garder quelques plans époustouflants de beauté, des scènes d'une inquiétante étrangeté (le veau emporté dans le ciel par un Kratt) ou d'une grande poésie (les deux cercueils qui se croisent).
C'était pas gagné, pourtant. Après un début scotchant, j'ai eu du mal à accrocher à ce film très lent et ultra-stylisé qui enchaîne des scènes courtes et énigmatiques. Je me demandais où tout ça voulait en venir et je cherchais le lien entre les personnages et des explications à leur comportement parfois étrange.
A partir de l'arrivée de la peste dans le village, j'ai commencé à tomber sous le charme de cette histoire d'amours contrariés qui finit par atteindre un étonnant degré de romantisme noir que je n'aurais jamais imaginé au départ. Ça me prouve encore une fois qu'il faut toujours aller jusqu'au bout d'un film, même si ça part mal.