Noyade interdite est l’incarnation d’un certain cinéma appelé à disparaître. Nous sommes en 1987 et le cinéma français va bien mal. La télévision (et, notamment, Canal +), le cinéma américain et ses blockbusters ne laissent que peu d’espaces de respiration. Les années 1980 ont vu l’émergence de toute une nouvelle génération de cinéastes (Besson, Beineix, Béhat, on passera à la lettre C une autre fois), et un réalisateur comme Pierre Granier-Deferre, auteur de jolies perles dans les années 1970, incarne un cinéma à la papa qui n’a plus lieu d’être, sinon à la télévision. Paradoxalement, des années plus tard, on constate que beaucoup de nouveaux réalisateurs ont achevé très tôt leur carrière à la télévision quand leurs aînés sont allés au bout de leur carrière, même avec des films parfois pas franchement réussis et surtout pas vraiment rentables. À se pencher dessus des années plus tard, force est de constater que ce cinéma voué à disparaître supporte mieux le poids des années.


Bien entendu, on n’est pas dans du grand Pierre Granier-Deferre mais son cinéma moins ambitieux fonctionne bien. À cela, trois raisons majeures. La première, bien entendu, son casting. Avec un Philippe Noiret, toujours parfaitement à l’aise quand il s’agit de jouer les personnages troubles, à la fois débonnaires et secrets, et un Guy Marchand délicieux dans un rôle de subalterne fielleux. Avec eux, de nombreux personnages féminins, hauts en couleurs aussi bien détraquées que sulfureuses, qui donnent lieu à de belles confrontations. La deuxième, ensuite, est ce lien étrange qu’entretiennent ces différents personnages. On passe ainsi plus d’1h30 à les voir s’observer, se tourner autour, se tancer, se séduire. C’est, très clairement, le cœur du film dont l’intrigue ne dépasse pas le cadre du prétexte. La troisième, enfin, est cette étrange atmosphère qui oscille entre film noir et ironie cruelle (la musique de Philippe Sarde pour meilleur témoin) sous le soleil de la Charente-Maritime. En somme, une ambiance gentiment langoureuse et mordante qui évoque, par moments, le cinéma de Claude Chabrol.


Le résultat est un peu curieux et parfois un brin boiteux. Le récit, artificiellement alambiqué (comme c’est souvent le cas dans les films noirs), aboutit à une résolution plutôt simpliste et laisse certains sujets finalement de côté. Mais l’essentiel est définitivement ailleurs. Pierre Granier-Deferre parvient à livrer très hexagonal tout en s’inspirant d’œuvres étrangères, que ce soit le ton très anglais de l’ensemble ou le néo-noir des films américains des années 1960-1970. Ce n’est pas le moindre des intérêts d’un film pas totalement abouti mais sympathique.


Play-It-Again-Seb
6

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Liste et classement des films que j'ai vus ou revus en 2026

Créée

le 8 avr. 2026

Critique lue 39 fois

PIAS

Écrit par

Critique lue 39 fois

6
4

D'autres avis sur Noyade interdite

Noyade interdite

Noyade interdite

7

Ticket_007

147 critiques

"8 femmes" pour un flic !

8 d'un coup ! Pour ce film, Philippe Noiret a le plaisir de donner la réplique à 8 partenaires féminines, toutes célèbres. Belles scènes avec Elizabeth Bourgine, Andréa Ferréol, Gabrielle Lazure,...

le 2 nov. 2015

Noyade interdite

Noyade interdite

6

Play-It-Again-Seb

1175 critiques

Laissez couler les cadavres

Noyade interdite est l’incarnation d’un certain cinéma appelé à disparaître. Nous sommes en 1987 et le cinéma français va bien mal. La télévision (et, notamment, Canal +), le cinéma américain et ses...

le 8 avr. 2026

Noyade interdite

Noyade interdite

6

Boubakar

6780 critiques

Les grands Quinquins

A l'approche de la saison d'été, une station balnéaire située en Charentes-Maritimes est frappé par la découverte de plusieurs cadavres d'hommes rejetés par l'océan Atlantique. Un commissaire...

le 12 juil. 2025

Du même critique

Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure

9

Play-It-Again-Seb

1175 critiques

Du culte en haut de la cheminée

La comédie est un art difficile et ingrat. Quand elle est ratée ou même moyenne, elle est plus vilipendée que les autres genres, sous prétexte qu’elle est prétendument moins ambitieuse et qu’elle...

le 24 mars 2022

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

7

Play-It-Again-Seb

1175 critiques

Le retour de la griffe Goscinny-Uderzo

Depuis la reprise de la série par Ferry et Conrad, nos amis gaulois avaient une sacrée gueule de bois. La disparition de René Goscinny avait déjà très sérieusement entamé la qualité des albums même...

le 22 oct. 2021

Terreur aveugle

Terreur aveugle

8

Play-It-Again-Seb

1175 critiques

Bottes de cuir sans chapeau melon

Le sujet de la proie aveugle n’est pas entièrement nouveau puisqu’il a déjà été traité dans, notamment, Seule dans la nuit quelques années plus tôt. Le parti-pris de ce film écrit par Brian Clemens...

le 18 nov. 2022