La pauvreté artistique dont fait preuve Official Secrets se voit heureusement contrebalancée par la qualité de ses dialogues au service du conflit qui oppose une conscience individuelle aux intérêts d’État. Ce rapport de force se décline sur plusieurs niveaux et tend à contaminer les sphères publique et privée : une femme soucieuse de protéger des milliers de vies innocentes versus la politique d’autoconservation menée par le gouvernement, une citoyenne qui a le droit à une défense (et donc à un avocat) versus le contrat de confidentialité et la notion non-divulgation d’éléments relatifs à la sécurité nationale, une épouse aimante versus les menaces d’expatriation de son mari en raison de sa situation politique précaire. S’il démarre péniblement, l’engrenage judiciaire réussit à se mettre en place avec ce qu’il faut d’hermétisme – pour tout spectateur étranger à ces procédures indéchiffrables – et d’inéluctabilité pour non seulement nous permettre de nous attacher à l’héroïne dont le coup d’éclat la conduit à assumer des conséquences qu’elle découvre en même temps que nous et peine à comprendre, mais aussi rendre plus extraordinaire encore la sentence finale. Keira Knightley porte avec talent l’entièreté du long-métrage sur ses épaules, aidée par Ralph Fiennes en avocat fort convaincant.
Doté d’un scénario réglé comme du papier à musique, Official Secrets n’en demeure pas moins cantonné à la démonstration verbale ; en cela, il est à dix années-lumière du film The Post signé Steven Spielberg et sorti il y a deux ans déjà, petit bijou qui pensait sa mise en scène comme un personnage à part entière que l’on aurait jeté en pleine guerre journalistique. Ici rien de tel. Les plans s’enchaînent régis par la seule nécessité de restituer les faits, les faits, rien que les faits. La clausule sur la plage sonne faux et contribue à enfermer le film dans une polarité axiologique bons/méchants des plus regrettables. Official Secrets vaut donc exclusivement pour le morceau d’Histoire qu’il met en lumière ; si ses ambitions s’avèrent limitées, notons toutefois qu’il les accomplit avec minutie et efficacité. C’est déjà pas si mal.