Très beau film sur une travailleuse portugaise, employée dans un entrepôt écossais comme préparatrice de commandes. Elle est isolée dans la solitude et le silence, autant comme étrangère à la société mais aussi à un environnement urbain froid. Elle erre dans ce monde capitaliste, où les couleurs semblent disparaître et la sociabilité résumée à des brèves interactions sans finalité. Comme si le moindre désir ne devenait qu'un mirage (superbe scène de maquillage dans une boutique de cosmétique). Puis il y a ce cycle infernal de la répétition du travail, tout en sobriété et sans être appuyée, imprimée par ces mouvements presque mécaniques.
Parce que Laura Carreira montre avec brio qu'il n'y a pas de méchants humains là-dedans, ou du moins que les vrais coupables de cette situation ne sont pas là. C'est un système, entretenu tel quel, qui broie les personnages et leurs sensibilités. C'est alors que le soin du détail importe énormément dans le film. A travers cette errance, ce sont chaque composante du travail et de l'intimité du quotidien qui sont scrutées. L'incapacité à ces détails d'amener à quelque chose de concret, chaleureux, vital, … est au cœur de la mise en scène. Aurora flotte dans cette atmosphère artificielle du capitalisme, qu'on croirait presque sortie de la science-fiction – dans les couloirs et sas d'un vaisseau spatial.
Même s'il est dommage que la vie d'Aurora ne soit pas davantage développée (il y a un trouble émotionnel sous-jacent qui reste assez en retrait), le film se traduit par un faux parcours mais une vraie quête vers une tentative de reconnexion avec un environnement. La détresse silencieuse de ne pas avoir d'ancrage dans l'espace.
[je l'ai programmé en avant-première à la 2e édition de mon festival « Rencontres du Cinéma Britannique d'Abbeville » en juin 2025]