--- Bonsoir, voyageur égaré. Te voila arrivé sur une critique un peu particulière: celle-ci s'inscrit dans une étrange série mi-critique, mi-narrative, mi-expérience. Plus précisément, tu es là au vingt-deuxième épisode de la huitième saison. Si tu veux reprendre la série à sa saison 1, le sommaire est ici :
https://www.senscritique.com/liste/Vampire_s_new_groove/1407163
Et si tu préfères juste le sommaire de la saison en cour, il est là :
https://www.senscritique.com/liste/soul_s/3323463
Et si tu ne veux rien de tout ça, je m'excuse pour les parties narratives de cette critique qui te sembleront bien inutiles...---
Je dois dire que je suis quand même un peu déçue. Apichatpong Weerasethakul (et on est bien content de ne pas avoir à réciter cette critique à l'oral...), j'en avais fait l'expérience une unique fois, pour les beaux yeux de Tilda Swinton, et mon commentaire principal était que j'avais bien dormi. Et ce avec un immense respect. J'ai un professeur de cinéma qui m'avait dit une fois que pour certains films ou certains auteurs, c'était un compliment que le.a spectateur.rice s'endorme. Et je crois sincèrement que Weerasethakul est de ceux-là (je dors devant des tas d'autres films pour lesquels JE SAIS que ce n'était pas l'intention de l'auteur, et j'essaye de ne pas ressortir cet argument justement pour qu'il reste valide dans des cas comme celui-ci). Et donc je suis déçue, parce que je n'ai pas dormi. Je suis déçue aussi, parce que j'étais venue pour les fantômes, je savais qu'il y en aurait, dans toute leur dimmension la plus bouddhiste du monde, et que tout cela allait surement apporter de l'eau à mon moulin. Au lieu de quoi j'ai eu une dame qui fait l'amour avec un poisson et un homme-singe. Et je ne cite pas ces deux éléments au pif pour que ce soit rigolo. Ces deux éléments exactement sont what-the-fuck et nanardesques, et donc absolument pas dans le ton du film, et décrédibilisant pour l'ensemble. Alors oui j'entend, leur symbolique profonde, l'homme-singe est le synonyme d'un retour à a nature, quitte à s'y perdre, quitte à en mourir, et d'ailleurs la mort, selon le bouddhisme, ne serait-elle pas elle-même un retour à la nature, absolu et beau ? Et la dame qui fait l'amour avec un poisson, j'imagine que c'est pour signifier l'union entre l'homme et les dieux, ou alors c'est aussi une forme de retour à la nature, ou alors Weerasethakul avait envie de faire de l'érotisme mais il est tordu. Je ne sais pas. Certainement les gens qui ont donné la palme d'or à ce film savent, eux. En tout cas est-il que moi, j'étais venu en pensant savoir à quoi m'attendre, et que j'ai trouvé King-kong dans ma camomille, et que ça m'a quelque peu déstabilisée. Ca ne marche pas, je suis désolée. Alors peut-être qu'un jour je ferai un mois-monstre sur les créatures simiesques, et que alors je pourrais développer exactement pourquoi ça ne marche pas, mais là à froid, sans aucun élément d'explication, ce que je constate, c'est que quand un film qui se veut profond et poétique et spirituel sur le thème de la mort nous ramène le casting de La Planète des Singes, la crédibilité s'envole, l'incrédulité la remplace, et bon courage pour raccrocher les wagons et rester concentré sur la spiritualité et tout le bazar. Mais je voulais des fantômes bouddhistes et j'en ai eu, et tout cela ne m'a que ramené à mon opinion de l'année dernière : si je suis transpercée à chaque fois par la grâce délicate du shintoïsme, je suis totalement opaque face au bouddhisme. J'aimerais l'aimer mais je n'y arrive pas. Et il est probablement là mon problème : moi la religion qui me parle, c'est celle qui n'a ni réponse ni apaisement face à la mort. Celle qui inspire les japonais à faire des films d'horreur avec des fantômes, plutôt que celle qui inspire les thaïlandais à gagner des palmes d'or grâce à sa spiritualité.