Parfaitement insupportable dans sa forme, ce film nous gave d'un dégueulis d’information à un rythme effréné sans le moindre contraste : aucune info ne semble plus importante qu’une autre, pas le temps de respirer, aucun temps de pause si ce n’est cette bombe qui explose et qui, bizarrement, apaise le film. On en serait presque rassuré de voir le monde s’embraser.
Comme d’hab, on a cette difficulté de scénario très artificielle, avec tout ce truc des temporalités différentes parce que Chrissou s’auto-proclame maître du temps depuis le début de sa filmo : ça n’apporte rien, sauf peut-être une prise de tête supplémentaire pour comprendre de quoi est-ce que tout ce beau monde est en train de discuter, tantôt calme, tantôt énervés. Des noms dans tous les sens, des allers-retours à des pièces en noir et blanc ou en couleur, des visages jeunes ou vieillis nous obligeant à un jeu de mémoire désagréable : c’est qui lui déjà ? il travaille pour qui ? il accuse Oppenheimer de quoi en fait ? attends mais pourquoi il est en noir et blanc et pas en couleur celui-là ? ah il était au début du film, lui, pourquoi déjà ? merde j’ai déjà oublié c’était il y a 2 heures et demi.
Mais ta gueule.
Cette forme qui oscille entre la bande-annonce et l’auto-parodie de Nolan qui adore commencer des dialogues dans une ville et les finir dans une autre, comme dans une pub des années 2000, ne laisse transparaître aucune émotion. Ringard absolu. Tout est d’un sérieux terrible, comme une sorte de virilité constante à la caméra, montrant sa maîtrise technique comme des beaux muscles bien huilés, ses cascades de dialogues à n’en plus pouvoir laissant sur le carreau tous ceux qui ont eu le malheur de cligner des yeux, comme une complexification volontaire pour écarter les nullos, bouuuh les nullos vous comprenez rien au cinéma de toute façon, c’est pas fait pour vous. Ça manque foutrement de fantaisie, de légèreté, de figuration. On ne ressent rien. Tout est froid, direct, sans relief : le film le moins accueillant du monde. Et les gens applaudissent ça. Ok.
Alors bah oui on retient la performance de Cillian Murphy, certes, dont les gros yeux bleus représentent peut-être 40% des plans de tout le film (ça va on a compris tu peux filmer autre chose de temps en temps, genre un oiseau ou un écureuil, vite fait) mais dont on ne comprend finalement que très peu le personnage. Pas de réel point de vue à son sujet. Pourquoi pas, cet Oppenheimer semblait être une personne énigmatique. Etonnant, dommage tout de même que l’humanité tout entière soit énigmatique à l’écran. Bon nombre de personnages sont si mal définis qu’ils paraissent tous cacher un terrible secret, comme si c’était leur unique direction d’acting. Le personnage de sa femme est incompréhensible, on ne sait jamais vraiment ce qu’elle pense – d’ailleurs il semblerait qu’on s’en foute royalement – entre folie, alcoolisme, soutien indéboulonnable, fait la gueule, fait pas la gueule, range les draps, pas range les draps, bon à quoi tu sers ? Un seul moment du film nous laisserait entrevoir son point de vue, lorsqu’elle projette dans la salle d’interrogatoire son mari couchant avec sa maîtresse, les deux à poil dans cette salle – gène absolue de cette scène, c’est tellement nul putain. Pauvre Floflo Pugh, quel rôle de merde t’a-t-on donné…
Au-delà du boom boom badaboom, franche réussite technique, impressionnante scène qu’on n’a jamais vue ailleurs, une seule scène me semble brillante, celle où, peu de temps après l’attaque au Japon, Oppenheimer se retrouve à faire un discours devant tout le monde et que la culpabilité vient le foudroyer. Tiens, de l’émotion… Incroyable, le cinéma, quand même.
Et on retourne dans ces dialogues croisés foutraques, on veut faire LA scène de dialogue entre grands hommes de ce monde où Einstein sort son espèce de phrase forte mais qui n’a aucun impact tellement le reste du film nous a assommé pendant des heures, à coups de flash-backs, flash-forwards, inserts de particules de lumières, gros booms qui font sursauter tout le monde sans raison, musique super forte qui te casse les oreilles en permanence, et les gros yeux bleus de Cillian qui vieillit, rajeunit, revieillit, on sait plus.
Et le comble du comble de la ringardise absolue, cette espèce de name-dropping débile, où on apprend, entre autres trucs complètement inutiles dont on se fout, qu’un député ou je n’sais quoi aurait voté contre le mec que joue Robert Downey Jr dont j’ai oublié qui il était dans le film, et qu’on demande son nom, et que… on lui réponde avec une attention particulière de la caméra… « Un certain John F. Kennedy »… Ok, super. Et toute la salle qui fait ce petit rire d’autosatisfaction genre « hain hain, ah ouais »… Mais ta gueule.
Super, aveu total de la part des spectateurs qu’ils n’ont en fait rien compris non-plus mais qui sont soudain super fiers de connaître le nom d’un président américain.
Bref, gros film de gros macho qui kiffe se branler avec sa caméra IMAX, qui récite le bouquin qu’il a lu sur un « grand génie incompris » en ajoutant trois couches de linéarité qui n’apportent rien, des gros boom-boom, des répliques et apparitions en mode cahier des charges du biopic américain cliché, on fait semblant d’aimer, on applaudit, on rentre chez soi, on oublie tout, et on dit que c’était super, et que vive le cinéma.