Malgré un matériau de base plutôt prometteur (un personnage complexe, une invention scientifique aux fortes implications géopolitiques) et une brochette de bons acteurs, Nolan accouche d'un gloubi-boulga agressif et peu digeste.
Deux effets de réalisation m'ont rendu le visionnage assez pénible: une grosse musique à peu près incessante (qui passe souvent au-dessus des dialogues) et un charcutage de la caméra en une succession incessante de plans courts (j'imagine pour donner du dynamisme).
Sur le fond, Nolan touche à plusieurs thèmes mais sans se donner l'occasion de les approfondir en dépit d'une durée de 3 heures: la personnalité d'Oppenheimer (l'habituel substrat américain du scientifique génial mais demi-autiste), le dilemme entre science et morale (oui à la bombe A, mais non à la bombe H!), le développement de la bombe atomique et son premier test, l'épisode historique du maccarthysme...
Sur la forme, la narration se perd dans les effets de manche, les formules simplistes assenées comme de grandes pensées ("la théorie ne suffit pas sans la pratique", etc.), et les caméos d'à peu près tous les scientifiques du moment, sans doute pour masquer une intrigue qui ne parvient pas à se structurer.