« Perdant » dans son duel au sommet du box-office face à « Barbie », « Oppenheimer » est toutefois grand gagnant artistiquement et en matière de récompenses, à l'image de son quasi-triomphe aux Oscars. Ce n'était pourtant pas gagné, au vu du projet : je me demandais bien qui allait pouvoir se captiver pour le projet, malgré le nom de Christopher Nolan à l'affiche : lourde erreur de ma part, et j'en suis ravi. Pensé comme une fresque imposante voire gigantesque, le film renoue avec l'esprit des superproductions des années 50-60, le cinéaste n'ayant pas son pareil pour offrir un spectacle de grande qualité, à l'image d'une reconstitution historique impressionnante (la base d'essais : wahou!) et pourtant presque « intimiste », ne cherchant jamais à être sensationnel pour être sensationnel, à l'image de choix assez audacieux lorsqu'il s'agit de « montrer » les explosions. À la fois très factuel et admiratif de son héros, l'auteur d' « Inception » n'élude en rien les conséquences beaucoup plus sombres de son œuvre et ses tourments vis-à-vis de cela, à l'image d'un dénouement troublant, presque cynique, soulevant de nombreuses questions.
Après un « Tenet » presque abscons, tout est cette fois clair, posé (malgré une chronologie quelque peu bousculée), pouvant s'appuyer sur un propos fort et beaucoup de personnages bien écrits, bien interprétés, quand bien même on retient surtout, logiquement, la prestation de Cillian Murphy, justement récompensé de la plus belle des récompenses individuelles. En parallèle, c'est aussi le portrait de toute une époque que Nolan fait : celle d'un pays en proie à de nombreux démons, en premier lieu le maccarthysme, ayant lourdement pesé sur Oppenheimer professionnellement comme personnellement (j'avoue que devoir dire adieu à Florence Pugh pour des motifs politiques, cela doit être très dur). Une grande réussite, confirmant la place prépondérante prise par son réalisateur ces dernières années : vivement la suite de son... Odyssée cinématographique.