Du sur mesure pour Walter Huston qui joue avec délectation le rôle du père bourru irlandais (son fils John Huston est crédité dialoguiste au passage). Il est immédiatement terrifiant d'insensibilité, de brutalité, de libidinosité et on ressent bientôt le même dégoût répulsif que son fils et sa nouvelle épouse qu'on n'a pas envie de laisser seule dans la même pièce. Le jeu de Walter est d'une intensité incandescente et on a parfois l'impression de voir ni plus ni moins que Lon Chaney, surtout dans la seconde moitié du récit où il perd l'usage de ses jambes.
Malheureusement, son fils à l'écran (Douglass Montgomery) est bien fade en comparaison et on a régulièrement envie de le secouer pour le sortir de sa mollesse.
Sur le papier, ça rappelle beaucoup La tourmente tourné 2 ans avant qui possède une structure assez proche avec deux hommes, quasiment enfermé dans une maison, qui se déchire autour d'une femme. Et c'est une tempête qui vient sceller le destin des personnages.
Orages est mieux bâti, plus équilibré, plus vicieux aussi, mais un peu moins original. Par contre Wyler est toujours autant à l'aise dans la peinture de ces petits villages. Il y a des plans ou de petites séquences qui ressemblent presque à du documentaire (les vieux réparant les filets de pêches, le mariage, l'enterrement qui ouvre le film) et l’atmosphère est très bien posée. Son huit clos fonctionne bien et permet de faire monter la pression sans difficulté.
Avec ses 70 minutes, le rythme ne faiblit pas vraiment et le dernier tiers gagne en puissance, y compris dans sa tempête spectaculaire.
Avec un meilleur partenaire pour faire face à Walter Huston, on aurait pu avoir facilement un très bon film (mais sans doute pas un chef d’œuvre). Pour le moment l'un des meilleurs Wyler de sa première période parlante.