Michel Hazanavicius signe avec OSS 117 : Le Caire, nid d’espions (2006) une parodie d’une rare intelligence, qui dépasse le simple pastiche rétro pour interroger, avec humour et précision, les mythologies françaises des années 1950. Derrière l’impeccable imitation formelle du cinéma d’espionnage d’époque (décors kitsch, couleurs passées, musiques emphatiques), le film déploie une intertextualité foisonnante, convoquant autant James Bond que les OSS originaux, tout en les détournant avec une jubilation critique.
Jean Dujardin incarne Hubert Bonisseur de La Bath comme une figure tragiquement comique : incarnation de l’arrogance coloniale, il traverse un monde postcolonial qu’il ne comprend pas, prisonnier de certitudes périmées. Ses répliques, absurdes et délicieusement théâtrales, « Mon petit bonhomme… » ou « Ce n’est pas très catholique tout ça ! » ,résonnent comme des maximes grotesques, récitées avec la gravité d’un tragédien perdu dans une farce.
Loin d’un simple exercice de style, OSS 117 est une satire mordante de l’ethnocentrisme occidental. Sous couvert de rire, il tend un miroir à la France d’hier… et d’aujourd’hui.