"Ouragan sur le Caine" est un film fascinant, car il réussit à être à la fois un classique incontournable de l'âge d'or hollywoodien et une œuvre étonnamment inégale.
Sa force réside entièrement dans le face-à-face psychologique et judiciaire qui constitue sa dernière heure, mais l'inégalité de sa construction l'empêche d'atteindre le statut de chef-d'œuvre.
Le film se divise clairement en deux parties. La première, à bord du dragueur de mines U.S.S. Caine, introduit le commandant Queeg (Humphrey Bogart dans une de ses dernières et plus grandes performances) et la dégradation progressive du moral et de la discipline. Bogart est magnétique en capitaine maniaque, obsédé par les fraises manquantes et les petits détails, mais la mise en place du drame est lente.
L'arc narratif du jeune enseigne Keith (Robert Francis) et sa romance convenue alourdissent le récit, donnant l'impression que le film met une éternité à arriver à son véritable sujet.
Cependant, une fois l'acte de mutinerie accompli durant la tempête (la séquence de l'ouragan étant malheureusement datée visuellement) et que l'action se déplace vers le tribunal, le film s'envole.
C'est ici que la qualité théâtrale du matériau d'origine éclate. La salle d'audience devient un champ de bataille moral. L'avocat de la défense, Greenwald (José Ferrer, brillant), manœuvre habilement pour démanteler l'autorité et l'équilibre mental de Queeg.
La scène où Bogart s'effondre sous la pression est un moment d'anthologie, capturant parfaitement la fragilité et la paranoïa d'un homme dépassé par sa fonction.
Verdict :
Le film est un brillant drame de prétoire sur le leadership, la lâcheté et la lourdeur de la responsabilité militaire.
Malheureusement, son excellent climax est précédé d'une trop longueintroduction inefficace qui freine le rythme.
L'impact de la grande performance de Bogart et de l'intensité du procès rend le film essentiel, mais il reste techniquement et narrativement imparfait.