Je commence aujourd’hui un cycle de re-visionnage de la filmographie de Jackie Chan, figure majeure du cinéma d’action hongkongais. J’inaugure ce parcours avec Painted Faces, un film dans lequel il ne joue pas, mais qui constitue un témoignage précieux sur la formation qu’il a reçue enfant à l’opéra de Pékin.
Les parents de Jackie Chan décident très tôt de le placer dans une école d’opéra de Pékin à Hong Kong, afin de canaliser son énergie, tout en partant travailler à l’étranger. Ils signent un contrat de dix ans avec l’école. L’enfant entre alors dans un univers régi par une discipline extrêmement stricte. Il fait partie de la troupe des Seven Little Fortunes. Jackie Chan est revenu à de nombreuses reprises sur cette période de sa vie, évoquant à la fois la dureté du quotidien et le travail acharné qui lui était imposé :
« Je venais d’une famille pauvre. Je vivais là, sans avenir, sans aucune perspective. Tous les jours, je priais : “Que le prof ne me frappe pas.” Je travaillais dur chaque jour. Mon rêve à cette époque était de devenir Mohamed Ali, un grand boxeur. »
Painted Faces nous fait découvrir ce milieu dans lequel il a grandi, où il apprend à tomber, à ployer son corps, à encaisser, à rebondir, à développer une souplesse hors norme. Le film montre un lieu de formation exigeant, parfois brutal, mais aussi traversé par la camaraderie et l’énergie propre à l’enfance. Les élèves restent des enfants capables de semer le désordre dès que l’occasion se présente. Le maître, sévère et autoritaire, est aussi bienveillant et se regarde comme un père pour les enfants. Dans une société où les artistes sont socialement méprisés, il leur transmet une parole fondatrice pour leur identité : « Ne vous méprisez pas, même si les autres le font. »
Le rôle du maître Yu Jim-yuen est interprété par Sammo Hung, lui-même ancien élève de l’opéra de Pékin et membre des Seven Little Fortunes, aux côtés de Jackie Chan. Sammo Hung connaît donc intimement la réalité qu’il met en scène. Le personnage est basé sur une figure historique réelle.
Le film suit également l’évolution de cette troupe à un moment charnière : dans les années 1970, l’opéra de Pékin perd son public, tandis que le cinéma de kung-fu connaît un essor spectaculaire. Les élèves de Yu Jim-yuen se retrouvent en marge, avant que le cinéma ne devienne pour eux une véritable porte de sortie. Leur formation les rend particulièrement aptes aux cascades et au travail corporel. Beaucoup deviennent cascadeurs, puis acteurs. Certains accéderont au statut de stars, dont Jackie Chan.
La réalisation est soignée et la musique traditionnelle chinoise installe immédiatement l’atmosphère. Painted Faces est un film accessible, sans effets spectaculaires, qui vaut avant tout comme film-mémoire. Il permet de comprendre d’où Jackie Chan tire ses racines corporelles, artistiques et humaines.