Pour son retour sur la Croisette, l'immense réalisateur et scénariste James Gray toujours scandaleusement boudé par les différents jurys cannois va t-il enfin briser la malédiction lors de cette édition en revenant à l'essence néo-noir de ses premiers films ?
1986, l'herbe est verte dans le Queens et les tours jumelles semblent encore solides avant leurs funestes effondrement. Une métaphore annonciatrice de la famille Pearl, un père bon gérant d'affaire (impeccable Miles Teller), la mère pillier du cocon familial (formidable Scarlett Johansson) et deux gentils garçons.
Une représentation heureuse du foyer modeste avant que l'argenté frère (Adam Driver) du paternel débarque propose à celui-ci une affaire "facile et prometreuse d'un bon butin) avec la mafia russe locale concernant la dépollution de la rivière régionale.
Le cinéaste tisse un récit à combustion lente au gré d'une mise en scène élégante et précis pour dévoiler une intrigue qui renoue avec les thèmes de la famille, des filiations où le père montre ses fragilités, les délicates relations fraternelles, la mère frappée intimes et la malédiction des tragédies grecques. L'ampleur dramatique semble moins puissante que lors de certains de ces chefs-d'œuvre d'antan : "Little Odessa"(1994), "The Yards" (2000) ou encore l'exceptionnel "La nuit nous appartient" (2007), mais l'émotion prend corps, et le jury devrait cette fois-ci ne devrait ne pas rester complètement insensible à ce conte funèbre, où le rêve américain s'effondre aux pieds d'un espoir d'une vie plus lumineuse...