Paper Tiger
6.6
Paper Tiger

Film de James Gray (2026)

Paper Tiger est un polar de famille, tendu et mélancolique, qui confirme Gray comme l’un des derniers héritiers du cinéma américain classique. Présenté en compétition à Cannes 2026, le film pimente une sélection qui manquait jusqu’ici de friction.


Trente ans après Little Odessa, James Gray revient là où tout a commencé, à Brighton Beach, au sud de Brooklyn, une enclave russo-américaine juive où les rêves d’ascension sociale se heurtent à la dureté du réel. Armageddon Time était son œuvre la plus personnelle, mais manquait de folie. Paper Tiger suit deux frères, Gary et Irwin Pearl, que tout oppose et que tout lie. Le premier est ancien flic, trop sûr de lui pour être vraiment prudent. L’autre est un ingénieur, trop naïf pour mesurer les risques qu’il prend pour sa famille. Ensemble, ils vont se retrouver mêlés à un réseau de la mafia russe, et regarder leur vie partir en morceaux. Ce n’est pas tant l’histoire qui importe que la façon dont Gray la raconte, avec la patience d’un romancier et l’honnêteté d’un homme qui parle de ce qu’il connaît de cet environnement des années 80.


Le clan des Pearl


Gray convoque Sidney Lumet avec une assurance tranquille, sans chercher à l’imiter. Comme dans Le Prince de New York et 7h58 ce samedi-là, le crime n’est ici qu’un révélateur. Ce qui compte, c’est ce qu’il met à nu, à commencer par les illusions que les personnages entretiennent sur eux-mêmes et les compromis qu’ils ont faits depuis longtemps avant même que la menace fasse irruption. La famille Pearl, modeste, tendue par l’argent qui manque et l’ambition qui déborde, fonctionne comme un système en équilibre apparent. Irwin veut que son fils aîné aille dans une grande université, mais ce n’est que le rêve du père, une façon de racheter tout ce qu’il n’a pas pu être. Gray saisit ça avec subtilité, sans didactisme, en laissant les silences et les regards faire le travail.


C’est dans ce cadre que les acteurs trouvent leur meilleure matière. Adam Driver est excellent. Il joue Gary comme un homme qui croit sincèrement à son propre mythe, et il a ce don rare de rendre la vantardise émouvante plutôt qu’irritante. On comprend alors pourquoi Irwin le suit et pourquoi ça ne peut que mal finir. Miles Teller, en frère cadet rongé par l’idéalisme, tient bien la distance. Mais c’est peut-être Scarlett Johansson qui surprend le plus. Elle joue Hester, la mère, atteinte d’une maladie qui progresse en silence pendant que les hommes s’agitent, et Gray filme cette lente disparition avec une tendresse qui en dit long sur lui. On sait qu’il a perdu sa propre mère à dix-neuf ans. L’écho est discret mais présent. Hester n’est pas une figure sacrifiée pour autant. Elle est le poumon de cette famille, lumineuse et imparfaite, celle qui tient tout ensemble sans que personne ne le remarque vraiment. Johansson la joue sans pathos, avec une humanité simple et juste, c’est l’un des beaux rôles du film.


Le récit n’est cependant pas exempt de failles. La mécanique du polar cède parfois sous le poids de l’improbable, et on sent que Gray préfère ses personnages à son intrigue. Ce n’est pas forcément un défaut rédhibitoire, ça rend juste les épreuves plus symboliques. Reste que Paper Tiger est un film qui sait exactement où il va, même quand il prend son temps. Dans une compétition cannoise qui manquait de tension dramatique par endroits, il apporte quelque chose de précieux : la sensation d’un cinéma qui fait confiance au spectateur. Pas le meilleur Gray, mais du Gray solide.


Retrouvez également nos autres critiques du Festival de Cannes 2026.

Cinememories
7
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le 25 mai 2026

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