Bon, passons rapidement sur l’histoire de ce film de 1961 qui nous raconte les déboires amoureux de 2 musiciens de jazz américains installés à Paris, Ram Bowen et Eddie Cook (Paul Newman et Sidney Poitier) avec 2 touristes américaines en visite dans la capitale (une Blanche et une Noire). Aucune des 2 jeunes femmes, pour des raisons différentes, ne souhaitent s’installer à Paris alors le choix revient aux musiciens : vont-ils revenir aux États-Unis ou rester à Paris pour vivre de leur musique ? La réalisation de Martin Ritt n’est pas renversante et on a l’impression que l’intrigue n’est qu’un prétexte pour nous dresser un tableau de Paris comme une carte postale, pleine de clichés. Rien ne manque dans cette vision d’un Américain de la Ville Lumière (à destination d’un public américain ?) : les clubs de jazz dans les caves enfumées de St Germain des Près et ses existentialistes avec écharpe et béret, les quais de Seine propices aux promenades main dans la main, Notre-Dame en arrière-plan, les adieux sur les quais de la gare St Lazare, et même les étals avec les camemberts et of course, la soupe à l’oignon en guise de petit déjeuner !!! (oui, oui, véridique !). Voilà, résumé de cette manière, ça ne donne pas forcément envie d’y consacrer une soirée.
Mais ce film bénéficie heureusement de sacrés atouts : d’abord le duo Newman-Poitier, qui marche parfaitement. Les 2 acteurs dégagent une belle assurance mais on comprend aussi qu’ils en ont bavé avant d’être applaudis soir après soir. Ensuite les décors du grand Alexandre Trauner (pas rien quand même) qui n’a pas son pareil pour reconstituer une rue de Paris en studio. Enfin, le vrai personnage central de ce film, et c’est tant mieux, c’est la musique car le jazz est omniprésent. La musique est signée Duke Ellington, eh oui, là ça frappe fort. Bon, il n’a pas signé une partition originale comme pour « Anatomy of a murder » de Preminger mais reprend quelques-uns de ses plus grands succès (« Satin Doll »…). Que voulez-vous, un film qui débute par « Take the A Train » joué à fond les ballons dans le club ne peut pas être mauvais ! Et puis, la chouette surprise, c’est Louis Armstrong qui interprète le rôle de Wild Man Moore, quasiment son alter-ego, un grand trompettiste américain qui vient jouer à Paris et dont le nom et le visage apparaissent sur les affiches de la capitale (avant d’être recouvertes par une nouvelle publicité à la fin). Le voir débarquer dans le club de jazz avec ses musiciens pour une jam endiablée avec le groupe de Bowen donne lieu à la scène la plus réjouissante du film ! Même si l’histoire est légère (la lutte pour les droits civiques et le racisme sont évoqués mais rapidement), les amateurs et amatrices de jazz doivent voir ce film qui permet de retrouver quelques-unes des figures de St Germain de l’époque comme Moustache à la batterie ou encore Guy Pedersen, le pianiste Aaron Bridgers, grand ami d'Ellington et même Michel Portal. Serge Reggiani joue lui le rôle du guitariste manouche (et aussi drogué) dont le style rappelle Django Reinhardt. En voyant la patronne du club, on pense à Juliette Gréco mais les fantômes de Boris Vian et Sidney Bechet viennent aussi en tête.