J'ai décidé d'écrire cette critique le jour où j'ai parlé avec quelqu'un de ma promo de ce film. Il m'avait dit : "Ce film, il est nul; il prend le gros cliché d'une coiffeuse inculte, fan de Jennifer Anniston et qui passe ses samedis soirs au karaoké. Moi, j'ai une cousine qui est coiffeuse et elle est pas du tout comme ça."
Si Lucas Belvaux avait voulu faire un film réaliste sur la condition des coiffeuses en France, ça n'aurait pas ressemblé à ça. De plus, il n'affirme pas la suprématie de la philosophie sur la culture populaire comme certains semblent le penser, au contraire. Pendant tout le film, le professeur de philosophie (Loïc Corbery) semble afficher sa supériorité intellectuelle et culturelle sur sa compagne (Emilie Dequenne) : il lit du Dostoïevski et elle du Anna Gavalda; il écrit des livres de philosophie et elle, danse en discothèque. Cette supériorité s'établit dès leur première rencontre, alors même qu'il n'est pas question de tout ça : il se rencontre pour la première fois au salon de coiffure; Loïc Corbery vient alors en client ( et le client est roi).
Mais cette situation est renversée à la fin du film : Emilie Dequenne finit par quitter Arras sans prévenir personne : alors que Loïc Corbery semblait dominer cette relation, alors que l'on pensait que c'était lui qui allait la quitter et lui briser le cœur, c'elle qui casse leur liaison. Cette action semble une sorte de révolution du milieu populaire contre les hautes sphères de la philosophie qui la méprisent. L'ordre qui s'était établi pendant le film est renversé et Corbery apprend la nouvelle du départ au salon de coiffure, lieu où s'était établi cette ordre : ce départ apparaît comme une sorte de revanche. Et c'est là la position de Lucas Belvaux : être un intellectuel ne suffit pas pour prendre de haut le milieu populaire; faites attention à ne pas maltraiter ce milieu car il prendra sa revanche et vous fera souffrir : Corbery, qui ne faisait pas assez attention à Emilie Dequenne mais qui a fini par en être amoureux, souffre de son départ. De plus Belvaux ne semble pas avant la fin remettre en cause cette ordre : le spectateur finit par le trouver naturel et le renversement de la fin le met devant son erreur qu'il ne peut que reconnaître.
En somme, Belvaux soutient ici le milieu populaire et sa culture face aux intellectuels et au mépris qu'ils pensent pouvoir se permettre du fait de leur différence de culture.

christianlebret
7
Écrit par

Créée

le 1 juil. 2017

Critique lue 230 fois

christianlebret

Écrit par

Critique lue 230 fois

2

D'autres avis sur Pas son genre

Pas son genre

Pas son genre

7

Rawi

377 critiques

Bonheur triste

Je suis Lucas Belvaux depuis un bon moment et j'apprécie sa fibre humaniste, son regard aiguisé sur la société et sa manière d'en tirer partie. En apprenant qu'il allait nous réaliser une "comédie...

le 12 juin 2014

Pas son genre

Pas son genre

9

PatrickBraganti

536 critiques

Le philosophe dans le salon

On n’attendait pas le belge Lucas Belvaux, artiste engagé réalisateur de films âpres ancrés dans la réalité sociale, dans une comédie romantique, comme un ‘feel good movie ‘ entre un professeur de...

le 1 mai 2014

Pas son genre

Pas son genre

7

Sabri_Collignon

469 critiques

La Tristesse vient de la Solitude du Coeur!

Lucas Belvaux,réalisateur belge chevronné et engagé,est connu pour sa dénonciation farouche des inégalités sociales et sa propension à contester l'ordre établi.Ses chroniques dépeignent souvent des...

le 4 mai 2014

Du même critique

Pas son genre

Pas son genre

7

christianlebret

3 critiques

Critique de Pas son genre par christianlebret

J'ai décidé d'écrire cette critique le jour où j'ai parlé avec quelqu'un de ma promo de ce film. Il m'avait dit : "Ce film, il est nul; il prend le gros cliché d'une coiffeuse inculte, fan de...

le 1 juil. 2017

Koyaanisqatsi

Koyaanisqatsi

8

christianlebret

3 critiques

Koyaanisqatsi

Koyaanisquatsi, c'est un documentaire de Godfrey Reggio, mais bien plus c'est un film passionant, fascinant et intriguant. Intriguant d'abord par son titre, mais bien évidemment surtout par sa forme...

le 20 mars 2018