"Passe ton bac d'abord." Cette phrase, on la répète comme un mantra, un dicton rassurant. Comme si ce fameux sésame permettait de jouir de la suite, de la vraie vie, celle des adultes. Les parents prodiguent cette phrase aux enfants pour se rassurer eux-mêmes. Pendant cette période pré-bac, tu devras rentrer dans les clous, travailler, passer ton bac. On verra ensuite.

Mais cette fable est très vite ressentie par les ados comme fallacieuse, ou du moins comme totalement vaine. Parce que la vie se passe là, à ces âges intermédiaires, où les moustaches ne sont que des duvets et où le libertinage n'est pas une marge mais la norme. Bernard en est la figure tutélaire. Homme qui séduit, se lasse, aime, puis aime à nouveau. Tout s'augmente pour lui. La régression serait d'y renoncer.

Cette vitalité se joue dans ces corps qui se vannent, rigolent, se touchent, baisent. Elle contraste violemment avec les corps rustres et durs des parents. Comme des figures immobiles, ils semblent chacun jouer un rôle – celui du père, de la mère, du philosophe. Chacun souhaite retrouver cette vitalité perdue. Certains essaient, pathétiquement, par la séduction d'ados. Le gérant de l'hôtel, filmé comme un pervers et un prédateur, symbolise cela. Il incarne l'adulte qui tente de s'accrocher à cette énergie adolescente, sans comprendre qu'elle lui échappe définitivement.

Mais face à cette vitalité, une fin approche. Non souhaitée. Celle des obligations, du travail, du mariage, des enfants. La beauté de cette vitalité réside justement dans sa vacuité, et dans la facilité désolante avec laquelle ces corps, pourtant réticents, semblent se conformer. Les contrôles de mathématiques ou de philosophie cessent pour devenir des contrôles de caisses et de compétences. Les vannes se taisent. Les corps se figent.

"Passe ton bac d'abord" est un mensonge que les parents se répètent pour tenir à distance ce qu'ils savent déjà : que la vitalité ne se récupère pas, qu'elle s'éteint, et qu'aucun diplôme ne la protège. Pialat filme cette perte sans pathos, sans nostalgie. Il montre juste ce qui se passe : la vitalité s'éteint. Pas brutalement. Lentement, imperceptiblement. Les vannes se taisent. Les corps se figent. Et un jour, on se retrouve de l'autre côté. Du côté des parents. Du côté de ceux qui répètent "passe ton bac d'abord" pour ne pas avoir à dire : "La vie, c'était maintenant. Et c'est déjà fini.


Nzoa
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le 25 nov. 2025

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