Peacock m'a laissé de marbre. Ou plutôt, il m'a rendu furieux. Depuis que je l'ai vu hier, je lutte pour trouver des raisons d'en sauver quelque chose, y compris à l'aide d'un ami qui tente désespérément de modérer mes commentaires acerbes. Mais je n'en trouve pas, ou très peu (que, par fair play, je garde pour la fin). Ce cinéma est bourré de clichés scénaristiques et facilités de réalisation.
Sous prétexte de montrer un homme qui ne ressent plus rien émotionnellement, doit-on faire éprouver au spectateur au premier degré le vide de la vie de cet homme ? Pour ça, c'est réussi. Le réalisateur a même réussi à me rendre aussi irrité que le personnage, sauf que à l'instar du héros qui se jette dans l'étang profond, me jeter dans la rivière d'Etampes au petit fond n'a pas eu l'effet de me nettoyer de la poisse dont m'a recouvert le film ...
(Et quant à faire éprouver au spectateur le vide de sa propre vie, c'est raté aussi. Ma vie est bien plus sale et complexe et intéressante que celle du héros. La vie des gens que je croise, même dans un monde pasteurisé où l'on va jusqu'à se méfier des salles d'escalade à cause des particules nocives dues au frottement des chaussons (véridique, la polémique vient de sortir), où à cause de l'asepsie justement et de la folie qui nous guette, notre vie me semble bien moins vide que celle du héros)
Il me semble avoir compris le propos du cinéaste (je n'en suis pas certain). Il s'agit d'une fable contemporaine, d'une petite dystopie où tout s'achète, ou plutôt se loue, y compris les relations humaines (et homme/animal). Matthias, a créé une agence qui loue des hommes et femmes pour toutes les occasions autres que sexuelles, où le client souhaite être accompagné, notamment en société. Le business marche tellement bien qu'il peut se permettre de refuser les pourboires de 100€ par éthique professionnelle. Cependant son job l'a éloigné de toutes ses émotions. Il ne ressens presque plus rien, sinon l'angoisse d'être seul. Cette angoisse le pousse à rechercher son côté "humain, trop humain" qui lui échappe. Quand il pense, à la fin, avoir réussi à s'opposer à l'hypocrisie de notre monde actuel, celui-ci lui revient en pleine face. Le monde, notre monde en 2025 est bien triste ... et le film aussi. Quelques scènes peuvent faire sourire, mais l'ensemble est trop convenu et lent pour soutenir un propos pourtant prometteur.
L'utopie créée est d'abord à peine crédible. Tout y est un peu exagéré et les tentatives d'humour ne sont pas drôle (l'humour germanique semble très éloigné du nôtre). Ces scènes d'humour sont d'ailleurs celles de la bande-annonce. Par exemple, la secrétaire qui surprend les deux directeurs dans une pose incongrue... c'est amusant 2 secondes (pas plus). Il aurait fallu trouver une idée pour la rendre plus intéressante. Mais le film manque cruellement d'idées.
La pratique du qi qong nu est un début d'idée. le cinéaste profite de la retraite bien-être pour filmer longuement, mais de loin, le cercle des adeptes de qi qong nus. Les gens à poil sont au cinéma germnaique ce que sont les femmes qui prennent une pose affectée avec un énorme verre de vin blanc derrière le comptoir de leur cuisine des films américains.
L'agence fait passer ses entretiens d'embauche lors d'un dinner dans l'équivalent d'un étoilé Michelin ... ? D'où ça sort ? Quelqu'un d'entre vous, chers lecteurs et lectrices, a-t-il jamais eu l'occasion d'être invité dans un restaurant haut de gamme alors que vous postuliez pour un emploi ?
Je n'arrive pas à déterminer où finit le réalisme, où commence la fantaisie, et quel est son sens. C'est fatiguant de contempler des "vies parfaites", une Vienne d'opérette moderne, où les appartements sont des villas aseptisées sans rien qui traîne, les voitures d'enormes vaisseaux spatiaux truffés de gadget (qui déconnent), les tenues de soirée impeccables, jusqu'aux propos échangés, d'une politesse ennuyeuse, d'un indignation écœurante: le plus détestable sont les dialogues hors-champ quand, lors des repas au restaurant, les tables d'à côté font des remarques banales et insupportables comme "c'est une honte", "on devrait interdire blablabla", "pensez-vous ! à notre époque ma petite dame... ". Les textes atteignent péniblement le niveau d'un premier trimestre d'une école de dialoguiste. Affligeant.
Parmi les choses qui me gênent outre mesure, lors du banquet final, le héros se sert au buffet avant de rejoindre sa place dans un silence pesant. Le spectateur a alors droit au bruitage post-produit quand le héros mâche, à l'aspiration de l'huitre, au bruit des couverts sur l'assiette en porcelaine ... alors que les brochettes sont en bois. Comment peut-on laisser de telles erreurs qui sortent instantanément n'importe quel spectateur attentif du film ?
Restons sur le son : quelques scènes sont censées apporter du suspens à l'histoire (la maison est plongée dans le noir, quelqu'un de malveillant s'y est-il introduit ?) et le réalisateur les accompagne de musique angoissante de circonstance...
Passons au scénario. Puisque son mec est devenu un robot, la copine du héros , seule personne à peu près normale, veut le quitter. C'est évident. Ce qu'on ne comprend pas c'est ce qu'ils faisaient ensemble de prime abord. Le héros était différent, il a changé, on aurait aimer suivre ce changement et approfondir les sentiments de cette femme, seule à même de représenter le spectateur dans l'histoire, seul personnage à qui s'identifier réellement.
Une deuxième femme apparaît qui drague notre héros. Ils se croisent régulièrement par hasard ce qu'ils interprètent comme un signe du destin (normal). Un complicité s'installe. Personnellement, j'ai vu un réel intérêt de celle-ci pour lui, au delà du "j'aimerais essayer le qi qong nu avec Toi". Or
ils finissent par coucher ensemble, et, contre toute attente (contre toutes MES attentes), la nana part comme une voleuse avant son réveil sans laisser de mot, rien. Non mais qui fait ça ?? ça n'a pas de sens dans cette histoire. On sent la complicité entre les deux personnages. Pire que ça, notre héros fait tout pour la retrouver. Commence-t-il à éprouver des sentiments ? Il la retrouver et elle lui avoue "je cherchais juste quelque chose de léger, je suis désolée, d'ailleurs je n'ai plus envie de te revoir du tout". C'est moi qui suis désolé. ça ne tient pas du tout, c'est plus que moralement dégoutant, c'est artificiel. Et notre héros de lui demander si par hasard elle n'a pas été mandatée par son associé pour lui remonter le moral (sachant que je ne vois pas comment partir comme une voleuse sans aucune explication pourrait lui remonter le moral, mais passons). Elle s'offusque "je ne comprends pas, tu me prends pour une prostituée ?" Et la c'est moi qui m'offusque : "mais mademoiselle, une prostituée n'aurait jamais fait montre de l'ignominie de votre comportement".
Bref, le scénario contrevient à mes valeurs morales, et j'espère seulement que c'est par insuffisance du réalisateur/scénariste que par choix.
Pour finir, j'ai promis de sortir quelques aspects positifs de ce film :
les dernières minutes du film, et son retournement final, même s'ils sont mis en scène scolairement sans originalité sont intéressants. Tout le petit questionnement du film autour de l'art contemporain, même superficiel, m'a intéressé.
Mais surtout, le personnage du vieux mari quitté est une grande réussite. L'acteur (Branko Samarovski) réussit à la fois à me faire viscéralement peur, à me faire détester son personnage et à m'appitoyer sur son sort ... ainsi que sur le mien. Il est l'indisensable représentant de l'humanité dans le film.
Pourquoi le cinéma allemand/autrichien n'est-il pas plus connu en France ?
Mon explication, excusez-là de na naïveté, est qu'il est mauvais. C'est à dire, banal, sans intérêt, mécanique, cliché.
En tant que germaniste, je m'intéresse beaucoup aux productions cinématographiques d'Outre-Rhin, depuis des décennies, et, sans être spécialiste, je constate que parmi ceux qui passe la frontière, je n'en sauverais par plus d'un par an. Sommes-nous culturellement si différents?
(exemples récents : à oublier : La fabrique du mensonge https://www.senscritique.com/film/la_fabrique_du_mensonge/critique/318406478
au Rythme de Vera (très chouette, bon scénario, effets intéressants)
https://www.senscritique.com/film/au_rythme_de_vera/105720626)