Pépé le Moko est un chef-d'œuvre du « réalisme poétique », cette marque distincte du drame urbain français pessimiste des années 30 qui donnait des interprétations lyriques, parfois même surréalistes, aux romances de la classe ouvrière et aux personnages de la pègre. Magnifiquement conçu, interprété de façon émouvante, toujours impliquant et divertissant, c'est exactement le genre de film dont on parle quand on dit qu'on n'en fait plus des comme ça. Il s'avère que Pépé le Moko est même meilleur que son remake Casbah (Algiers).
Ce thriller romantique intemporel nous plonge dans l'un de ces grands mondes cinématographiques artificiels qui deviennent plus envoûtants que la réalité elle-même. L'intrigue étrangère y est élevée au rang d'art. Une première séquence en voix off sur la Casbah elle-même, avant que Gabin ne fasse son apparition, est si saisissante que l'on peut presque goûter l'endroit, même si le tournage a manifestement été réalisé en studio. On y trouve assez d'atmosphère exotique pour garder la tête dans les nuages longtemps après la scène finale.
Ce classique propose l'une des performances les plus renommées de Jean Gabin, ainsi qu'un sous-texte intelligent sur le colonialisme français. C'est l'un des films les plus purement agréables jamais réalisés. À ne pas manquer, et portez une attention particulière au final : c'est une véritable surprise.